Ergo Proxy de Shuko Murase et Dai Sato


Je suis un Proxy

On entend souvent les fans dire que certains mangas, par les problèmes qu’ils abordent, touchent à la philosophie, tels que Full Metal Alchemist, Ghost in the shell ou Néon Génesis Evangelion. Mais bien peu je crois vont aussi loin qu’Ergo Proxy. Le titre de cet anime donne tout de suite le ton puisqu’il fait référence à René Descartes.Voilà le « Cogito Ergo Sum » (« je pense donc je suis ») du célèbre philosophe adapté dans une sombre histoire de robots et de restauration de l’humanité.

Ergo Proxy nous plonge in médias res dans la vie de Re-I Mayer, agent de police et petite fille du mystérieux « régent », qui semble avoir un rôle important dans le gouvernement de ce monde. De la vie des protagonistes, on ne sait que peu de choses. L’anime distille les informations au compte-goutte. Nous apprenons que nous sommes à Romdo, une ville où des spots publicitaires continus encouragent à jeter ce dont on ne se sert plus. Les habitants vivent avec des robots appelés « Auto Reivs », qui se chargent de tout pour eux. Ils sont compétents, prévenants, dociles et de bonne compagnie. Ils savent même donner leur opinion comme le fait Iggy, le robot « Entourage » de Re-I. La jeune femme, ténébreuse avec sa tignasse brune et ses yeux cerclés de bleu, emploie d’ailleurs son quotidien à mener des enquêtes sur les dysfonctionnements des auto-reivs. Car certains, atteints du virus « Cogito », en viennent à tuer leurs maîtres.

Mais sa vie simple et sans tourments bascule soudain quand elle est attaquée par un monstre qui la terrifie – un sentiment auquel elle n’est pas vraiment accoutumée. Elle en parle à ses proches, mais on lui répond qu’elle a rêvé. Troublée et persuadée du contraire, elle fouille dans des données confidentielles et découvre l’existence des Proxys.

Éveil de la conscience

Un autre personnage se retrouve mêlé à l’affaire, Vincent Law, accusé d’être l’agresseur de Re-I. La recherche de la vérité entamée par la jeune femme va les entrainer tous les deux à quitter Romdo et à s’aventurer à l’extérieur. Dehors, c’est presque le désert et l’espace mérite encore plus le nom de « décharge » que le monde de Gunnm tant il est encombrés de débris et de déchets. Ils sont accompagnés par une petite fille, Pino, auto-reiv infecté par le cogito. Leur voyage va les amener à s’interroger sur la vraie nature de Romdo, de Vincent, des Proxys, puis à des questions de plus en plus métaphysiques sur le sentiment, la vérité, la nature de l’être humain et enfin tout un délire sur le « créateur » qui me reste encore totalement obscur.

Troublant du début à la fin, Ergo Proxy ne livre pas ses clefs facilement. L’intrigue joue avec les révélations et les mystères puis nous plonge dans de drôles d’épisodes plutôt oniriques. Au fur et à mesure de leur expédition, les protagonistes vont déboucher dans des lieux où l’on sacrifie tout au divertissement. Bienvenue sur un plateau télé où le présentateur meurt quand le candidat gagne! Venez-vous amuser dans un parc d’attraction où l’on sourit tout le temps! Ergo Proxy reste extrêmement flou sur le « comment on en est arrivé là? » mais il nous montre à travers les villes visitées par les personnages, des tableaux pas très rassurants de futurs possibles à notre société.

Puis on retourne à Romdo. Plus on approche de la fin, plus on a l’impression d’assister à une tragédie grecque. Est-ce dû à la solennité des propos et des monologues? L’enchaînement des actions qui semble inexorable? Les dilemmes auxquels les personnages sont confrontés? En tout cas, le ton y est. Le dénouement ne m’a pas déçue mais je regrette quand même un manque d’explications dans le dernier épisode. On comprend l’essentiel, mais sur certains points mon pauvre cerveau n’a pas tout bien assimilé (notamment le créateur… Il n’est pas question de Dieu alors c’est quoi? C’est notre conscience de ce qui nous entoure qui crée le monde?). Un très bon scénario donc, ce qui n’est pas étonnant quand on s’aperçoit que Dai Sato a écrit nombre d’épisodes dans Wolf Rain, Ghost in the shell ou encore Cowboy Bepop. Les graphismes et l’animation sont aussi très agréables mais la fin laisse un peu trop de place à l’interprétation. A noter que dans notre monde, un proxy est un serveur informatique qui relie les requêtes entre un serveur et un client. Si dans l’anime le sens est bien entendu différent, il n’est toutefois pas difficile de dresser un parallèle. C’est aussi l’intérêt de cette série de nous faire réfléchir sans cesse sur les liens avec notre propre société. Car les indices ne trompent pas – références à Pascal, à Pythagore…- ce monde est issu du notre.

anime sorti en 2006

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