Les Dépossédés d’Ursula Le Guin

Capitalisme et socialisme passés au crible

Un ouvrage qui commence comme une utopie. Ou une dystopie, on ne sait pas trop. Les Dépossédés, décrit deux mondes qui s’opposent. D’un côté Urras, où règne le capitalisme poussé à son extrême. Une minorité de riches oppriment une majorité de démunis. Enfermée dans leur bulle assoiffée de progrès, ils n’y pensent même pas, comme aveugles envers ceux qui font tenir et perdurer leur majestueuse société imprimée de luxe. De l’autre côté, Anarres, planète désertique, aride, où les habitants vivent dans une pauvreté semble-t-il assez heureuse. Tout se partage, rien ne se possède. Même le langage est conçu pour coller à leur philosophie de vie : l’abolition de la possession.

A la base, Anarres est née d’Urras. Odo, une Urastie, a mené des années auparavant une révolution pour donner naissance à son utopie. Elle y sacrifiera sa vie mais sera exaucée. Anarres est bâtie suivant ses principes et ses écrits.

Dans ce roman, Ursula Le Guin nous entraîne sur les pas du physicien Shevek. Anarresti, défenseur de la philosophie d’Odo, il ressent pourtant les limites de la société à laquelle il appartient. Sur Urras, la physique, dotée de plus de moyens, se développe plus librement et sans contraintes. Coincé par les limites de son monde, Shevek prend alors une décision complètement à contre-courant de la pensée rigide d’Anarres, qui tient à rester scrupuleusement enfermée sur elle-même, et il se rend sur Urras.

Un tableau tout en nuances

C’est donc une comparaison entre les deux mondes qu’Ursula Le Guin va développer à travers son héros. Et elle s’acquitte de cette tâche avec brio. Même si on devine sans peine pour quel monde son cœur balance, elle dresse un portrait égal des avantages et des inconvénients de ses deux modèles. Urras est certes indifférente voire violente envers ses pauvres,  elle méprise les femmes tout en les choyant avec condescendance, mais c’est aussi un monde de splendeurs. On y érige des monuments grandioses. Architecture, Art, Science, les plus belles œuvres humaines y prolifèrent : Urras est capable du pire et du meilleur.

De l’autre côté, Anarres ne paye pas de mine. Pas d’ornements formidables, en fait, pas d’ornement du tout. Ce n’est pas la richesse qui compte : c’est la solidarité et le travail. On trouve une certaine joie de vivre chez ses habitants conscients de leur égalité et qui oeuvrent chaque jour à faire fonctionner leur société. Mais on en vient à se demander s’ils ne s’esclavagent pas eux-mêmes. Le travail doit obligatoirement être une joie, il faut s’impliquer sans compter, être heureux de participer à la persistance du groupe. Ce devoir qui se veut un plaisir sépare parfois les familles – comme le capitalisme le fait de temps en temps chez nous – obligeant les différents membres à vivre séparément selon les besoins de main-d’œuvre.

Deux planètes, une histoire. On se perdrait presque dans les allers-retours que Shevek enchaîne pour raconter son expérience. Mais le personnage fil conducteur de la réflexion est attachant. Comme sa compagne, Takver. On se prend au jeu. Ursula Le Guin réussit bien à enrober sa réflexion dans une histoire où l’ intrigue n’est certes pas trépidante, mais où l’on plonge sans se lasser.

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