Ikigami de Motoro Mase

Meurtre institutionnalisé pour comprendre la valeur de la vie

Voilà, le dernier tome, le 10e, est enfin sorti. Déjà plus de deux ans que je suis cette série. C’est peut-être le manga récent que je suis vraiment d’ailleurs. Ben c’est fini. Et je ne m’y attendais pas. Je crois que j’en étais au 3e quart du livre quand je me suis faite la réflexion que c’était peut-être le pénultième volume d' »Ikigami, préavis de mort ». En effet, l’action s’accélérait franchement. Distraite, je jette un coup d’oeil sur la couverture. Et là, la pastille me saute aux yeux : « dernier tome », comment ne l’avais-je pas lue plus tôt? Trop vorace je me suis précipitée à l’intérieur des pages, je l’ai dévoré trop vite. D’habitude, dans ces circonstances, je l’avale pas, je le savoure.

Une anticipation sociale

Bref sur ce coup là, je me suis faite surprendre. Mais bon, je vous raconte ma vie, c’est pas ça le sujet. Revenons à cette perle du manga : Ikigami.

Pour ceux qui n’ont pas encore attrapé le virus, voici le synopsis. Nous sommes au Japon et une nouvelle loi, pour la prospérité nationale, régit la société. Tous les enfants doivent recevoir un vaccin en entrant à l’école primaire. Pour la plupart, l’opération est inoffensive. Mais, aléatoirement, certains se font inoculer une substance qui, à leur majorité,  se réveillera et provoquera la mort. Les noms, l’heure et la date du décès de ces personnes sont conservées dans des bases de données. 24h avant la mort prévue, une personne vient leur distribuer l’ikigami. Vous n’avez plus qu’une journée à vivre. Tel est le message.

ça parait absurde n’est ce pas? Mais Motoro Mase explique très bien la raison de cette loi. C’est un honneur de recevoir l’ikigami, car ainsi vous contribuez à rappeler aux humains la valeur de la vie. Cette loi cruelle de prospérité nationale n’est pas vu comme un crime, au contraire, son but est de réduire la criminalité. Cela parait efficace et quiconque la remet en cause se voit donc exclu de la société : il subit un lavage de cerveau via un séjour de plusieurs semaines dans un centre spécialisé, et s’il est toujours « défectueux » à sa sortie, il peut se voir inoculer le virus.

Déjà, l’idée de base me plaisait. La mention « anticipation sociale » sur la couverture m’avait attirée. Restait à savoir comment cette idée prometteuse est exploitée dans le manga. Eh bien, Motoro Mase l’a très bien développée. Il se sert d’un personnage en proie à de plus en plus de doutes, qui de convaincu du bien fondé de la loi, va peu à peu évoluer vers une position plus ambivalente. Ce type c’est Fujimoto et il a de quoi se poser des questions puisque son boulot c’est justement de distribuer le préavis de mort, l’ikigami.

Coups de théâtre réussis

L’auteur montre de nombreux aspects de cette loi en construisant son manga selon deux axes : le parcours de Fujimoto mais surtout les histoires personnelles de toutes les personnes qui reçoivent l’ikigami. On découvre leur réaction, celles de leurs proches et de nombreux cas nous sont présentés. Des personnes qui l’acceptent sans broncher, qui donnent leurs organes, se vengent et commentent un acte criminel, insistent pour déclarer qu’elles se sentent honorées. Le mangaka développe tous ces personnage dans de minis nouvelles qui occupent un demi tome à chaque fois. En quelques cases, il nous fait pénétrer dans la vie de ces gens et dans leur psychologie. Que l’on s’attache ou pas au caractère de celui qui reçoit l’ikigami : on est touché. Pour moi, le coup de poing de ce manga c’était la peinture murale formidable d’un graffeur. Il vivait une double vie, graffant la nuit, effaçant les oeuvres de tous le jour. L’ikigami le fait sortir de cette situation schizophrène et le résultat est splendide. J’en dis pas plus, mais c’est depuis cette image que j’achète tous les tomes (à la base je les lisais dans les rayons de la Fnac sans les acheter, pour voir ce que ça donnait. oui j’aime bien savoir si ça vaut le coup avant de dépenser ^^).

Dénouement rapide

Pour en revenir au développement de l’histoire, je ne veux pas spoiler, mais je vous parlerai bien de la fin quand même. Pas facile de terminer un pareil manga. Les enjeux politiques peuvent se décliner à l’infini, mais au niveau des petites histoires qui permettent de faire vivre le récit le temps que les ficelles se nouent et se dénouent, il y a un moment je pense où l’auteur serait arrivé à bout d’inspiration. Il a donc bien géré son truc. Tout au long de dix tomes, il nous a fait découvrir les différentes conséquences de la loi, puis il institue le doute sur la sincérité de certains personnages, il chamboule tout et nous claque quelques formidables coups de théâtre. Enfin, tome 10, il clôt la pièce, un peu trop vite peut-être. En soi, la fin me paraît bien. Mais elle est trop précipitée. Du coup, pour moi elle en perdait presque de sa cohérence. Pourtant, en certains aspects, elle est parfaite. Elle évite les deux scénarios évidents qui pouvaient se profiler, surprend et prend un autre tournant. Du moins, moi je n’avais pas envisagé pareille solution.

Donc ça m’a plu, de bout en bout, mais j’aurais aimé que Motoro Masé prenne plus son temps pour développer certains points vers la fin.

Sinon, en dehors d’Ikigami, il a aussi écrit Heads, une très bonne série avec moins d’implications politiques, plutôt psychologique, mais qui vaut le coup aussi!

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