Roméo et Juliette de David Bobee

Si ce spectacle passe dans votre ville, vous n’avez qu’une chose à faire : aller le voir ! Théâtre, chant, danse, hip-hop, acrobaties, performance de main à main : Le Roméo et Juliette de David Bobee mêle tous les genres et avec brio.Deux heures et demi de show, sans entracte, et pas une seconde d’ennui.

Ce n’est pas le premier spectacle à remettre le classique de Shakespeare au goût du jour, dans une version plus moderne. Ce n’est pas le seul à s’inspirer de l’ambiance des banlieues pour mener une guerre des gangs romantiques. West side story l’a fait (je n’en ai vu qu’un extrait en cours de Littérature quand on étudiait la pièce). La comédie musicale de Gérard Presgurvic aussi avait idée de donner une dimension plus contemporaine à la vieille œuvre du XVIe siècle. Il y a quelques années, j’avais vu un spectacle reprenant Roméo et Juliette en hip hop qui était juste formidable. C’était Roméos et Juliettes de Sébastien Le François. J’en garde un souvenir flou mais plein d’émerveillement, d’envie de sauter partout et de danser en quittant la salle de spectacle. C »était un régal! (Extraits ci-dessous)

Mais pour en revenir à la version de David Bobee (qui avait d’ailleurs précédemment mis en scène Hamlet), c’est magique. Pour commencer, on prend part à une conversation de quartier qui dégénère en rixe. Langage peu châtié : on est loin de la langue en vers du dramaturge anglais. Mais on y vient. Déjà avant la venue du romantique Roméo, Benvolio s’essaye au registre soutenu avec un accent de wesh wesh qui rend la chose géniale. L’arrivée de Mercutio nous embarque dans la poésie et la trivialité. J’ai adoré la façon dont ce spectacle mêle les registres. « Salope » ou « Pute » côtoie les métaphores de Shakespeare, et avec classe ! C’est très difficile de réussir le mélange sans laisser un goût très artificiel, et pourtant c’est réussi. On apprend ainsi de nouvelles manières d’insulter les importuns :  » Je vais insérer ma pompe dans ta lune » par exemple, peux remplacer le trop éculé « Vas te faire enculer ». Allitérations en cul, les personnages enchaînent les jeux de mots, transforment Shakespeare, puis reviennent aux racines pour déclamer les vers originaux du dramaturge. Et sans, malgré les apparences, sombrer dans la vulgarité. Qu’importe, Shakespeare aussi était trivial et s’amusait à décrire amplement la putréfaction des corps que Juliette allait rejoindre dans le caveau. Sous ses airs policés, lui aussi savait être trash après tout.

Niveau traduction moderne du texte, rien à redire donc. Et niveau interprétation non plus. La nurse (qui de toute façon a toujours été un de mes personnage préféré :D) est hilarante. Mercutio, son air espiègle et ses pitreries vocabulaires sont excellentes. Juliette est splendide. Roméo… Roméo… J’ai jamais vraiment aimé Roméo, ce sombre mélancolique. Là, l’acteur le transforme en surexcité versatile , inconstant, pas bien futé. Cela met en valeur à quel point il agit sans réfléchir et j’ai donc bien aimé cette version. Quant au prêtre, je l’ai adoré et j’ai vu le personnage sous un nouveau jour. Attachant, réfléchi, bienveillant, faillible, impuissant à résoudre la tragédie. Et ferme. J’aime sa façon de faire entendre raison à Roméo, de se moquer de lui d’un air agacé, quand le jeune homme inconstant vient lui annoncer que Rosalie est oubliée, qu’il aime désormais Juliette.

Et Lady Capulet, lady Capulet. C’est magnifique quand elle se met à chanter des textes arabes en modulant sa voix. C’est dingue enfin! Comment elle fait ça ? Je suis tombée amoureuse de Lady Capulet à ce moment-là! (je m’emporte désolée…) En plus de chant, nous avons droit à de la danse, à des acrobaties sidérantes, des épreuves de force en main à main. Une bande son qui a failli me faire tomber de ma chaise car il s’agit de morceaux style post-rock que j’ai pas mal écoutés. Mais j’étais incapable de mettre un nom dessus. Je crois qu’il y avait du « A Silver Mt Zion » pour le final.

Le décor a un côté oriental qui rend très bien et me fait confondre Juliette avec Jasmine d’Aladin (oui, j’ai pas beaucoup de culture, on a les références que l’on mérite). Il est quand même épuré et joue sur de gros blocs qui réfléchissent la lumière et sont déplacés au gré des lieux qu’ils veulent évoquer. C’est impressionnant.Bref, j’ai été saisie par le spectacle. Je ne me suis ennuyée que cinq minutes vers la mort des deux protagonistes. A force d’en avoir plein les yeux, j’étais fatiguée je pense.

A part ça, je ne saurais que vous conseiller un autre Roméo et Juliette moderne. Le film Rengaine de Rachid Djaïdani.

Il va peut-être falloir que je songe à visionner Roméo+Juliette de Baz Luhrmann avec Di Caprio, mais j’ai peur de pas aimer. (J’avais vu la scène aux poissons en cours de français, c’était joliment mièvre)  J’ai été extrêmement déçue par Shakespeare in Love de  John Madden. Le personnage me plaisait pas. J’avais très envie de le voir et je l’avais fini de mauvais poil. Je ne sais plus pourquoi exactement car il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable.

Et , une interview de David Bobee

Et la liste des acteurs là :

Mehdi Dehbi | Arnaud Chéron : Roméo
Sara Llorca : Juliette
Veronique Stas : Nourrice
Hala Omran : Lady Capulet
Jean Boissery : Capulet
Pierre Cartonnet : Tybalt
Edward Aleman : Gregory
Wilmer Marquez : Samson
Radouan Leflahi : Paris
Serge Gaborieau : Montaigu
Pierre Bolo : Mercutio
Marc Agbedjidji : Benvolio
Alain dHaeyer : Frère Laurent
Thierry Mettetal : le Prince

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