Les Bébés de la consigne automatique de Ryu Murakami

Les Bébés de la Consigne automatique, de Ryu Murakami

murakami

Je viens de le finir celui-là. Cela fait longtemps que je voulais lire du Murakami. Je pensais me lancer dans 1Q84, mais quand je me suis pointée à la bibliothèque et j’ai vu qu’il y avait trois tomes et que j’ai pensé à la pile de bouquins qui crèchent chez moi, je me suis dit que j’allais revoir mes ambitions à la baisse.

Le résumé annonçait la couleur :

Hashi et Kiku, deux bébés abandonnés dans une consigne de gare, passent leur petite enfance dans un orphelinat. La recherche de leur identité les entraînera dans les bas-fonds de Tôkyô, où Hashi se prostitue avant de devenir un chanteur de rock adulé, tandis que Kiku, champion de saut à la perche, se retrouve en prison pour parricide. Les héros de Murakami ne se suicident pas. Ils assassinent.

Et pourtant, je ne m’attendais pas à si trash ! Les scènes d’assassinat sont atroces. Comme celles des morts « naturelles » d’ailleurs. Certains détails de la vie courante des deux personnages donnent la nausée. Et si on pouvait m’épargner la description du petit manuel de comment s’amputer soi-même, ça m’arrangerait !Bon, il faut dire que j’ai horreur des descriptions de plaies et que dès que quelqu’un m’évoque qu’il s’est fait opérer à l’hôpital, je tire déjà la tronche ! Malgré cet handicap majeur, Murakami m’a bien accrochée avec ce roman. Il décrit la plongée dans la folie de deux enfants élevés ensemble. Son point fort est d’avoir des personnages très originaux, hauts en couleur et bien plantés : entre la fille complètement fan de son crocodile, le champion de saut à la perche fasciné par une plante toxique, le chanteur à succès névrosé, prostitué et qui se joue des journalistes de façon déconcertante en jouant les ténébreux intelligents (alors qu’il est vide comme une huitre) (les descriptions des interviews sont pliantes), et autres tarés. Murakami n’épargne personne mais dresse un tableau sombre de la société : société de spectacle, d’addictions, de névroses, de faux-semblants et de perversités. ça me rappelle un peu le manga Paranoia Agent de Satoshi Kon, qui présente des personnes ordinaires, pour nous montrer que toutes sont atteintes de folie. C’est un peu le principe aussi des Bébés de la consigne mécanique. Malgré les dehors policés, chacun a sa part d’irrationalité. C’est une descente aux enfers effrayante, mais joliment tournée.

Petite digression pour conseiller les films Paprika et Perfect blue de Satoshi Kon. Ainsi que Paranoia Agent (12 épisodes). On y parle de folie, c’est dérangeant, mais très bien fait. J’ai particulièrement aimé Paranoia Agent, qui est un petit bijou (le dernier épisode surtout atteint un paroxysme en montrant que la pire folie est de se croire sain et de voir le monde par le prisme du cliché d’un monde ordinaire).

Perfect blue, je n’ai pas tout compris, j’avoue, mais il est prenant. Paprika : j’adore le générique.

Et si vous voulez du glauque japonais en anime, toujours sur ce thème de la folie qui habite la société moderne et ses vices, allez jeter un oeil à Serial Experiment Lain. Moi, je n’ai toujours pas vu la fin tant le scenario tarabiscoté m’a perdue, mais ça vaut le coup d’essayer !

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4 responses to “Les Bébés de la consigne automatique de Ryu Murakami

  • Madimado

    On m’avait offert ce livre il y a quelques années et je l’avais a-do-ré ! Glauque à souhait. Je me demande si j’accrocherais autant aujourd’hui !

    • zeb

      Glauque c’est le cas de le dire ! Quand j’essaye de me rappeler ce livre, c’est une sensation de malaise qui vient d’abord 🙂 J’aimerais lire d’autres Murakami, mais j’ai une copine qui m’a déconseillée 1Q84. Donc j’hésite, je ne sais pas encore lequel je vais inscrire dans ma PAL ! tu en as lu d’autres de cet auteur ?

      • Madimado

        En réalité il y a 2 Murakami, le célèbre, Hariku (celui de 1Q84) et le glauque, Ryu. Comme on ne dit toujours que leurs noms de famille, personne ne sait plus qui a écrit quoi 🙂
        J’ai aussi lu « Miso soup », ultra violent, je ne conseille pas vraiment, et « Kyoko », beaucoup plus poétique et même un peu niais par moments, j’avais adoré (un peu moins à la 2° lecture, mais bon…). 1969 est une autobiographie sur ses années lycée, encore un autre univers, plus classique mais pas mal.
        J’aimerais bien en lire un autre de lui mais je n’arrive pas non plus à choisir, peut-être Love and pop, sur le prostitution des lycéennes je crois. Je veux bien ton avis si tu en lis un autre, cet auteur m’intrigue beaucoup !

      • zeb

        Je ne savais pas ! merci, je n’avais pas fait attention qu’il y avait deux Murakami. Love and pop m’intéresserait. C’est un truc qui m’hallucine au Japon. Ces filles qui se prostituent pour des vêtements de marque, des sacs Chanel. ça bouleverse toutes mes convictions, à savoir : la prostitution c’est profiter de filles qui n’ont pas le choix, qui font ça pour des raisons économiques. (Même si je sais que le Strass récuse cette vision des choses aussi)

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