Du domaine des murmures de Carole Martinez

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S’enfermer pour s’émanciper

J’avais adoré le Coeur cousu. Je ne pouvais qu’aimer Du domaine des murmures (surtout qu’on me tannait pour que je le lise). Je crois que je suis raide dingue de l’écriture de Carole Martinez. Poétique, imagée, fluide, délicieuse. Parfois, j’aime l’écriture imagée d’un roman mais j’ai du mal à suivre (cf Lady Hunt, d’Hélène Frappat). Mais avec Carole Martinez (que j’ai lu dans la foulée, d’où la comparaison), tout coule de source et l’histoire se déploie avec de jolies tournures et des personnages qui vous invitent dans leurs vies étranges, un peu ensorcelantes. Le coeur cousu était plein de sortilèges. Du domaine des murmures a un côté mystique. Mais les deux ont cette même touche de magie, sans tomber dans le fantastique. Nous sommes bien dans la vie réelle mais les croyances des personnages, leur imagination se confondent avec la réalité pour nous entraîner à la frontière de l’irréel. Carole Martinez a cette façon bien à elle d’évoquer des sujets. J’ai du mal avec la religion, pourtant, je suis entrée sans effort dans la vie quasi monastique Du domaine des murmures, où une jeune fille décide de devenir recluse et de s’emmurer dans une cellule où elle a à peine la place de se coucher. Sans me poser de questions car ce n’est pas vraiment de religion dont il est question. On parle des états-d’âme d’un personnage qui veut choisir sa vie, et d’un destin hors-norme. Carole Martinez s’est inspirée des recluses du Moyen-Âge : des religieuses qui s’enfermaient dans des cellules où elles ne disposaient que de peu d’espace. Elle décrit la trajectoire de cette jeune fille, Esclarmonde, qui devient mère, avec un drôle de paradoxe : la réclusion comme moyen d’émancipation de la femme.

Carole Martinez est capable d’évoquer des scènes atroces et traumatisantes d’un trait sûr et fin, sans s’appesantir. Moi, qui n’aime pas le gore et les scènes dures, je n’ai aucun souci avec son écriture. Dans « du domaine des murmures », c’est un viol qui est dépeint de façon nette et sans état d’âme. L’auteur réfléchit sur la condition de la femme sans en faire trop, et avec des histoires et un style original. Pas étonnant qu’elle ait reçu le prix Goncourt des lycéens pour ce roman.

Petit topo sur les recluses pioché sur Wikipédia :

C’est aux XIe et XIIe siècles — les grands siècles mystiques du Moyen Âge occidental — que les réclusions se multiplient. Nombreux sont les monastères qui aménagent des cellules spéciales près de leur église pour y recevoir ceux ou celles qui choisissent, après de nombreuses années en communauté, de devenir reclus. Les moniales recluses sont plus nombreuses, sans doute car la vie précisément érémitique, dans l’isolement d’un bois ou de la montagne, est considérée comme peu sûre pour des femmes. Les réclusions ne sont pas nécessairement des choix pour la vie entière. Au XIIe siècle l’abbé Ælred de Rievaulx (1110-1167) du Yorkshire écrit un texte tout d’abord destiné à sa sœur intitulé La Vie de recluse et qui va inspirer un mouvement de mortification qui s’étendra dans toute l’Europe, particulièrement en Grande-Bretagne, France, Belgique et Pays-Bas. Ce texte prendra valeur de règle. Des recluses vont ainsi vivre dans de petites cellules percées de ces petites ouvertures appelées hagioscopes qui leur permettent d’assister aux offices mais aussi de recevoir eau et nourriture des passants. Le cimetière des Saints Innocents de Paris abritait ainsi plusieurs reclusoirs tout au long du Moyen Âge accueillant reclus et recluses.

Autre article sur Les quotidiennes de Val.

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