Les Revenants de Maël et Olivier Morel

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Les Revenants est une Bd un peu à la frontière du journalisme puisqu’elle traite du traumatisme des soldats partis en Irak, de retour dans leur pays. J’avais loupé le film, l’âme en sang, que j’avais pourtant eu envie de voir. Je me suis rattrapée en lisant la BD.

Ce qui frappe d’abord, c’est la pudeur avec laquelle la douleur est évoquée. La gêne du journaliste est d’ailleurs un des éléments constitutifs de cette bande dessinée. Pour rencontrer les vétérans, il se rend à leurs soirées. Là, chacun semble joyeux. Personne n’évoque la douleur des moments passés. Ils sont là pour faire la fête, non pour ressasser. Comment dans ces conditions les approcher pour les inviter à témoigner? L’embarras de l’auteur concerne aussi les actes qu’ils ont pu commettre.

 » Je rencontre Eric, l’artiste, dessinateur surdoué, et malgré moi, je pense : Et lui? Combien en a-t-il tué? A-t-il tiré sur des civils ? A-t-il gardé des prisonniers ? A-t-il fait des fonds d’écran avec la photo de la tête éclatée d’un soldat irakien ? »

De fil en aiguille, la parole se libère, les témoignages  entrent en scène. Pas seulement ceux de la guerre en Irak. L’auteur fait aussi revivre un témoignage de poilu, poignant et servi par des graphismes sidérants. On sent le chaos et cette tâche rouge qui emplit le visage du personnage hanté par ses souvenirs.

Certains anciens vétérans se battent pour faire cesser la guerre, certains roulent des heures dans le désert, certains se tatouent une trace de cette guerre, certains s’isolent, se taisent, racontent…

« Je m’étais toujours demandé ce que ça faisait de tuer un être humain. Maintenant, je sais ».

« Cette guerre a été déclenchée par des gens qui ont manipulé l’opinion et qui avaient des intérêts économiques dans l’invasion ».

« La reconstruction de l’Irak et une bonne partie de la logistique militaire sont entre les mains de sociétés privées. Est-ce qu’on nous demande notre avis? Je ne le savais pas quand j’ai été déployée à Bagdad et que j’ai découvert tout ce business ».

J’ai appris beaucoup de choses dans cette BD, j’ai été touchée.  Certaines choses relèvent du non-dit, de l’inexprimable, mais l’auteur le fait transparaître dans les traits des visages et les regards. J’ai aussi apprécié le fait qu’il se dégage de cet album un véritable portrait de l’Amérique. Pas le clinquant des séries où des ados font des soirées dans des villas avec piscines, mais une ambiance plus semblable à The Wire, avec sa misère.

Au final, ce qui ressort de cette œuvre, c’est que blessé physiquement ou non : personne ne ressort indemne de la guerre.

Le nombre de suicides de vétérans est aujourd’hui supérieur à celui des soldats tués sur le sol irakien. 70 000 vétérans de l’après 11 septembre sont atteints de graves troubles psychologiques. 22 mettent fin à leur vie chaque jour.

Pour conclure, un peu de Silver Mount Zion : God bless our dead marines. (parce que c’est géant <3)

Article sur l’Âme en sang sur Télérama.

Une digression encore. Intéressée par le sujet, j’étais allée voir Amardillo au cinéma il y a deux ans. Mais, il n’avait pas réussi à me happer, mais j’étais peut-être un peu fatiguée. En tout cas, il est intéressant.

Guerre et jeu-vidéo

J’en profite pour évoquer un sujet qui me tient à coeur, et sur lequel je n’arrive pas à avoir un avis tranché. Je débats parfois de la question avec un ami, mais j’aimerais lire d’autres avis. Que pensez-vous de la guerre dans les jeux-vidéos ? (Ce sujet m’intéresse surtout depuis que j’ai vu des abrutis rire de tuer gratuitement des personnages innocents dans un jeu vidéo et aussi parce que j’ai lu « No Pasaran, le jeu » de Christian Lehmann)

Ce n’est pas tant la violence dans les jeux qui me pose problème mais le fait d’évoquer des guerres réelles, l’idéalisation du héros, la place des civils, une certaine édulcoration de l’horreur peut-être, une idéalisation encore. Mais un jeu qui montre vraiment cette horreur, je le trouverais irrespectueux. Je penserais qu’il fait son beurre de la violence. Du coup, je suis partagée.

Par contre, les jeux sur des guerres médiévales ne me dérangent pas. C’est vraiment les guerres récentes qui me posent un problème. Surtout quand on sait que des jeux aux Etats-Unis sont créés pour susciter des vocations ou pour entraîner des soldats. Je trouve ça flippant.

La Croix-Rouge a fait un très bon article sur le sujet des jeux et de la guerre. J’apprécie le fait qu’ils ne jugent pas mais proposent une prise en compte des lois internationales dans le scénario.

Bref, des opinions ?

Et une petite vidéo de Serj Tankian pour la route : la guerre n’est pas un jeu !

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À propos de zeb

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6 responses to “Les Revenants de Maël et Olivier Morel

  • mokamilla

    Je viens justement d’acheter Notre mère la guerre de Kris et Maël ! Je finirai par me procurer celui-ci !

    • zeb

      Je vais faire comme toi mais dans le sens inverse 🙂 je ne connaissais pas notre mère la guerre, mais j’ai jeté un oeil sur le site de Futuropolis. Je pense que vais m’y intéresser aussi

  • Alison Mossharty

    Je la met dans ma wish je vais essayer de très vite le trouver !
    Pour les jeux vidéos et la violence mon avis est très partagé. D’un côté je suis contre car à force de rendre irréel la violence, je trouve que ça peut être dangereux dans la vie de tous les jours. Mais d’un autre côté, comme dit notre cher Aristote et son fameux concept de catharsis, ça peut permettre de d’exprimer sa violence d’une façon « non violente » ce qui fait qu’on a pu besoin de l’exprimer ailleurs ! En fait, je crois que c’est un des débats qui pourraient des heures car il y a tellement de facteur à prendre en compte … Mais ça doit être passionnant à discuter ! Enfin bref, j’espère avoir bien répondu à ta question (et pas trop t’embeter avec mon long commentaire XD)

    • zeb

      Tu ne m’embêtes pas du tout, au contraire ! Oui, je suis assez d’accord avec toi sur la catharsis. C’est pour ça que ce n’est pas la violence qui me pose tant de problèmes, mais plutot le fait de jouer avec la guerre, et des guerres récentes. Mais je suis partagée, car le jeux vidéo est quand même une forme d’art. Je l’accepte dans le cinéma lors pourquoi pas dans le jeu? Peut-être parce qu’on incarne le héro. Dilemme… !
      Ceci dit, au plaisir de te lire sur Les revenants !

  • tOtOdu21

    A reblogué ceci sur Passe à ton voisin !et a ajouté:
    Grosse claque à la lecture de ce album…
    S’agirait maintenant de voir le doc 😉

  • La Route de la conquête de Lionel Davoust | Sans Farine

    […] des nouvelles parlait du traumatisme des soldats après la guerre. J’ai lu la BD Les Revenants il y a quelques mois et le sujet m’intéresse. (D’ailleurs, il y a un film documentaire […]

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