La Route de la conquête de Lionel Davoust

Entrons dans le monde d’Evanégyre. Un empire conquérant se lance dans une guerre ambitieuse. Avec une idée en tête un peu louche. Si on annexe tout le monde, la guerre n’existera plus. Bah oui, si le monde appartient au même pays, s’il y en a plus qu’une civilisation, alors ces dernières arrêteront de se déchirer. Logique… (C’est comme ça que je l’ai compris, mais c’est dit de façon plus subtile dans le bouquin)

Résumé :

On la surnomme la Faucheuse. Débarquée trente ans plus tôt dans le sud, la généralissime Stannir Korvosa assimile méthodiquement nations et tribus au sein de l’Empire d’Asreth, par la force si nécessaire. Rien ne semble résister à l’avancée de cette stratège froide et détachée, épaulée par des machines de guerre magiques.
Parvenue à l’ultime étape de sa route, elle est confrontée à un nouveau continent – un océan de verdure où vivent des nomades qui ne comprennent pas les notions de frontières ou de souveraineté. Elle doit pourtant affirmer l’autorité impériale car, dans le sous-sol de la steppe, se trouvent des ressources indispensables pour Asreth. Mais après une vie de conquête, Korvosa pourrait bien rencontrer la plus grande magie qui soit… et affronter un adversaire inédit : le pacifisme.

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Coup de coeur pour ce recueil de nouvelles qui met un coup de pied au derrière à la vision de la guerre dans la fantasy. Il nous parle de batailles certes, mais aussi des états d’âmes, de pacifisme un peu mutin, de diplomatie, d’intégration/assimilation des cultures étrangères, de l’incompréhension entre des civilisations qui ne reconnaissent pas les mêmes concepts. (Imaginez, nous êtes un empire conquérant, basé sur une forte hiérarchie, qui annexe des tas de terres. Allez négocier avec un peuple qui ne connaît ni la notion de propriété, ni celle de chef. « Tu gardes ça et en échange je prends ça », ne fonctionne tout simplement pas.)

Le syndrome post-traumatique en Fantasy

J’ai été séduite par un article des Mandragores, qui précisaient qu’une des nouvelles parlait du traumatisme des soldats après la guerre. J’ai lu la BD Les Revenants il y a quelques mois et le sujet m’intéresse. (D’ailleurs, il y a un film documentaire salué par la critique qui sort prochainement au cinéma : Of men and war) Et puis en Fantasy, même si les choses s’améliorent, on entend quand même souvent parler du guerrier fort qui sabre à tout va et qui, bon, a bien un coup de blues de temps en temps, mais repart vite fait comme en 40, dès qu’un danger pèse sur son peuple. (Je caricature, certes) Beaucoup d’auteurs de Fantasy évincent le syndrome post-traumatique du soldat. Alors pour une fois qu’un auteur y pense !

Steampunk

Et puis, c’est du steampunk et ce genre m’intéresse. J’aime son esthétique. Je n’ai lu que La machine à différence de William Gibson et Bruce Sterling dans ce style, or j’avoue que cela ne m’avait pas convaincue, et ce malgré la présence de personnages historiques remaniés, comme Ada Lovelace : une pionnière de l’informatique avant même l’invention de l’ordinateur.

Donc, cette fois, cela n’a pas été un rendez-vous manqué avec le Steampunk. J’ai mordu à l’hameçon avec joie. Et ce n’est pas la nouvelle traitant du syndrome post-traumatique du soldat qui m’a finalement le plus accrochée. Toutes se penchent sur des thèmes différents, avec des formes variées. J’ai particulièrement aimé  celle qui se décline comme un conte ( « Quelques grammes d’oubli sur la neige »), qui renverse complètement l’image d’Evanégyre que j’avais dans les précédentes nouvelles. Preuve qu’il s’agit d’un réel univers, qui évolue selon les époques, apparaît sous différents aspects selon les personnages qui le regardent, se pare de couleurs chatoyantes quand l’évocation est empreinte de nostalgie, ou plonge dans la noirceur en d’autres circonstances. Même quand on est coincé avec un personnage dont on ne cautionne pas les opinions, obligé de suivre ses péripéties, on se surprend à vouloir qu’il s’en sorte, alors que l’on supporte le camp adverse… Oui, l’une des nouvelles m’a rendue schizo.

La guerre

J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont est explorée l’idée qui sous-tend la politique belliqueuse de l’Empire. Son principe est que si le monde appartient à l’Empire, si celui-ci assimile toutes les civilisations, alors il ne pourra plus y avoir de guerre. La visée de la guerre est la paix.

ça me rappelle une phrase que j’ai lue dans le magazine Conflits récemment (acheté par curiosité pour découvrir).  En gros : Il n’y a pas de paix sans guerre. Christopher Coker, parle de « l’humanité » et « du caractère nécessaire de la guerre ». Il dit : « La guerre est une réalité, et la paix une idée, ou un idéal, qui lui sert d’aiguillon. On ne peut pas échanger la guerre contre la paix car la seconde est la résultante de la première et n’est tout simplement pas concevable comme telle. »

Alors autant ce vieux principe marche pas trop mal avec « il n’y a pas de liberté sans contraintes ». Autant pour la guerre, j’ai trouvé ça complètement idiot. Puisqu’à mes yeux la violence engendre la violence. La guerre engendre la colère, la peine, le ressentiment… Un bon vivier pour une seconde guerre. Voilà ce que ce précepte m’inspire, tout comme celui d’Evanégyre !

Rien n’est tout blanc ou tout noir. Dans la Route de la conquête, on traverse différentes ères de l’histoire de cet univers. On voit émerger de nouvelles technologies, mais aussi des renversements de pouvoirs et de nouvelles politiques. Pourtant il n’y a pas d’âge d’or. Les paradis perdus sont déformés, ils idéalisent le passé. Quant aux civilisations que rencontre l’Empire, on évite aussi le mythe du bon sauvage. L’une de ces sociétés semble par bien des aspects utopique. Pourtant, elle est également violente et immorale d’une certaine manière. Est-elle plus immorale que celle qui vient la changer ? Mérite-t-elle pour autant la destruction ou l’assimilation ?

J’ai aimé la Route de la Conquête pour son refus du manichéisme, tout en demi-teintes. Chapeau bas !

Bref, voilà comment Evanégyre m’a conquise (je suis annexée par l’empire, oui oui -__- Forcée de lire La Volonté du Dragon , du même auteur, dès que possible)

Une interview de l’auteur sur Elbakin : ici

Une interview par Les Mandragores : ici

J’oubliais. Encore un bon point pour la Route de la conquête : Les femmes sont fortes : YEAH !

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À propos de zeb

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6 responses to “La Route de la conquête de Lionel Davoust

  • Vil Faquin

    Très bon article, vraiment !

    Je ne suis pas à 100% d’accord avec le fait que ce soit du steampunk. Il n’y a pas de « steam », de vapeur à proprement parler. Pour moi c’est plutôt de la science-fiction dans un référentiel de fantasy. Donc de la fantasy à la base, mais science-fictionnelle malgré tout.

    Bref on pourrait en parler longtemps, mais n’hésite pas à aller checker mon billet sur la Volonté du Dragon (je parle un peu de tout ça). Je ferai bientôt un billet sur La Route de la Conquête également.

    Merci pour le follow btw !
    https://lafaquinade.wordpress.com/2014/10/22/la-volonte-du-dragon/

    • zeb

      Merci ! J’avoue que spontanément, je n’aurais pas parlé de steampunk. Mais à ce que j’ai compris, Lionel Davoust le décrit comme tel (il dit que son roman en préparation s’éloigne du steampunk dans l’interview d’elbakin, et quand je l’avais rencontré en dédicace, il avait parlé de steampunk). En lisant, je me suis dit que le fonctionnement des machines n’étant pas clair (à mes yeux en tout cas), on pouvait imaginer qu’il était question de vapeur. L’artech c’est un peu flou comme concept 😉
      Je n’ai pas commenté mais j’ai suivi ton blog justement en découvrant ton post sur la Volonté du Dragon 🙂 Je lirai ton post sur la Route de la conquête 🙂

      • Vil Faquin

        Comme un idiot je l’ai raté à Octogones… alors que j’étais à 2 stands de lui.

        Bref, merci en tout cas. Et c’est vrai que l’artech fait de la fumée, mais pour moi, ça ne ressemble que de loin à de la vapeur-punk ^^

  • Alison Mossharty

    J’ai beaucoup de mal à trouver des livres « steampunk » je trouve que c’est dur à différencier. Cependant, j’aime quand l’auteur évite le manichéisme (ça crée des personnages plus intéressant à suivre je trouve ^^).
    Très bel article en tout cas =)

    • zeb

      Pareil, l’absence de manichéisme est devenu un critère pour moi 😉 Bon heureusement, je pense que beaucoup lui font aussi la chasse! Quant au steampunk, c’est sûr que c’est difficile à définir. J’ai tendance à l’assimiler à la période victorienne (notamment sur l’esthétique), alors que c’est pas toujours le cas. J’ai tendance à penser que c’est une sorte d’uchronie d’après l’invention de la machine à vapeur, mais c’est pas exact non plus ! Un vrai casse-tête;) Des livres sont sortis sur ce sujet, mais je ne les ai pas lus ! exemple : http://lesmandragores.fr/blog/2014/10/04/guide-steampunk-detienne-barillier-arthur-morgan/

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