La guerre civile espagnole en 2 ouvrages (qui se répondent)

S’il fallait un thème pour définir mes lectures du mois de mars, ce serait la guerre civile espagnole.

J’ai enchaîné deux ouvrages : la BD Les temps mauvais de Carlos Gimenez, et l’Espoir d’André Malraux. Deux oeuvres qui ne montrent pas la même chose et qui se complètent à mon sens.

Prenons les choses dans l’ordre de parution, (c’est à dire l’inverse de mon ordre de lecture ^^)

malraux-andre

L’Espoir de Malraux est un roman assez long, qu’il m’a fallu du temps pour apprécier à sa juste valeur. Fatiguée le soir, je n’arrivais pas à entrer dedans, et tout en reconnaissant l’intérêt du texte et la beauté de la langue, bah… Morphée avait raison de ma motivation. La première moitié du livre a été marquée par un tournoi épique entre Malraux et Morphée. Ce dernier a remporté haut la main le premier round.

Et ce malgré une entrée en matière excellente de Malraux. Le roman s’ouvre sur une scène très drôle, même si les événements sont terribles. Les républicains appellent les gares d’Espagne pour savoir s’ils tiennent toujours les villes concernées. Les fascistes décrochent, et jurent (assez grossièrement) à leurs interlocuteurs qu’ils vont venir leur botter les fesses très prochainement. Ce qui ne semble pas entamer le moral des Républicains.

Petit extrait :

Un fasciste :  » votre train est passé idiots. Vous êtes tous des cons et on va venir vous les couper. »

Un républicain : » physiologiquement contradictoire. Salud! »

La guerre, du côté des soldats antifascistes

Le roman est une suite de scènes où l’on accompagne différents personnages. On voit les communistes, les anarchistes… Manuel, Garcia, Magnin, Hernandez, le Négus ….Toutes sortes de soldats que j’ai eu bien du mal à situer. Je m’y perdais un peu, car il s’agit beaucoup de faits d’armes, entrecoupées de réflexions sur le sens de tout cela, l’humanité, etc. Un peu fouilli pour ma tête fatiguée qui rentre du boulot sur les rotules !

On perçoit vaguement les dissensions avec le Parti communiste qui veut faire sa loi (et notamment ne pas virer deux-trois gus, soupçonnés d’être des traitres, au motif qu’ils sont du parti), les anarchistes, les républicains. On entend parler du Poum (les communistes contre Staline) Mais j’ai trouvé  que c’était peu abordé. (J’ai peut-être trop dormi sur les pages).

Néanmoins, Malraux m’a enchantée au niveau de la langue. Il a des descriptions magnifiques, des dialogues très beaux… Des phrases que j’ai noté consciencieusement dans un carnet en mode : Wow !

(J’en livre quelques unes ici)

 « Aura-t-on bientôt fini de disposer ces prisonniers comme pour une photo de mariage, devant les canons des fusils horizontaux « 

Pour décrire une fusillade, j’ai trouvé ça fort.

Ou alors :

« Oui, dit Alvear, rêveur : mais la vie la moins limitée, c’est encore celle des fous… Je veux avoir des relations avec un homme pour sa nature, et non pour ses idées. Je veux la fidélité dans l’amitié, et non l’amitié suspendue à une attitude politique. Je veux qu’un homme soit responsable devant lui-même – vous savez bien que c’est le plus difficile, quoiqu’on en dise, monsieur Scali – et non devant une cause, fut-elle celle des opprimés. »

ou encore :

 » Les camarades sont très fermes. Surtout ceux de Tolède. Ceux qui ont fui quand ils n’avaient pas d’armes et pas de chef ne pardonnent pas à ceux qui ont fui quand ils avaient tout. »

Tout le roman livre des pépites de réflexions et de belles tournures.

Mais voilà, on ne voit que des soldats et leur merveilleux courage. Il n’y a pas de place pour les civils.

Tout le contraire des Temps mauvais, Madrid 1936-1939, de Carlos Gimenez, qui se concentre lui sur la population, à travers une famille vivant à Madrid, et essayant de survivre malgré les bombardements et les rigueurs de la faim.

La guerre vue du côté des civils

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Carlos Gimenez lance une critique acerbe à Malraux. En tête de chapitre, on trouve régulièrement cette phrase d’ouverture :

« de 1936 à 1939, eut lieu en Espagne ce que certains historiens, versés en littérature, ont appelé « la dernière guerre romantique ». Pour ceux qui l’ont vécue, ce fut simplement la guerre. »

Or, dans l’Espoir, Malraux qualifie expressément la guerre d’Espagne de guerre romantique (dans le dernier quart du roman). Son traitement qui s’attarde sur les beaux paysages arides d’Espagne confirme ce positionnement, à mon avis.

Carlos Gimenez lui se concentre sur des aspects de la vie quotidienne des Madrilènes en état de siège. Bombardés, affamés… Les enfants jouent à la guerre, tandis que les parents s’acharnent à les aider à survivre. Entre légèreté et drame, cette bande dessinée propose un portrait réaliste de la vie durant la guerre civile. L’auteur s’est appuyé sur des témoignages (il est bien trop jeune pour avoir connu la guerre), pas forcément de première main d’après ce que j’ai compris.

La bande dessinée présente un enchaînement de saynètes. Certaines sont comiques, d’autres plus tragiques. Mais toutes sonnent juste. Je conseille vivement cet ouvrage.

A la fin du livre, des textes intéressants succèdent aux vignettes, pour expliquer le contexte. L’un d’eux parle des écrivains comme Malraux, venus apporter leur contribution à la guerre d’Espagne. Le texte pointe notamment du doigt le poète Aragon, qui serait venu apporter des munitions ou autre, avec un camion. Apparemment il se serait fait prendre en photo devant l’engin avant de repartir. ça fait un peu le selfie en mode « j’étais là » ou le tourisme révolutionnaire. (je n’ai trouvé aucune référence à ce propos, malgré quelques recherches sur le net).

ça n’empêche pas Aragon d’avoir écrit de beaux poèmes, notamment celui-ci en hommage à Federico Garcia Lorca, assassiné par une milice franquiste : http://lille.pcf.fr/louis-aragon-un-jour-un-jour

Pour aller plus loin

Petite chronologie sur la guerre civile : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_civile_d_Espagne/118441

J’ai encore un livre à lire sur le sujet. Hommage à la Catalogne de Georges Orwell, qui me parlera des méfaits de Staline lors de la guerre civile espagnole et des dissensions entre les communistes staliniens et le Poum, allié avec les anarchistes.

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5 responses to “La guerre civile espagnole en 2 ouvrages (qui se répondent)

  • Alison Mossharty

    J’ai entendu parler de cette ouvrage de Malraux en cours de français ^^ Mais je ne l’ai jamais lu. En tout cas les citations que tu partages m’inspirent grandement ! C’est marrant car hier j’ai été fureter en librairie voir un peu les nouveautés et je suis tombé sur un livre qui parlait aussi de la guerre civile espagnole (que j’ai résisté à acheter assez fière !) d’un certain Molina je crois. Ça donne envie d’en lire plus sur cette période cet article même si je ne crois pas que j’aurais accroché à ma BD !

  • Louise

    Je note ta BD car je n’ai rein lu sur ce thème. Pour Malraux ça attendra, je suis en train de lire Jorge Semprun, c’est aussi une lecture trés exigeante.

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