Point Zéro, d’Antoine Tracqui

Thriller historico-technico-scientifico

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Je ne suis pas branchée thriller mais celui-ci m’a tenue en haleine jusqu’au bout.

Point Zéro est un peu hybride car il mêle thriller historique et science fiction. On est en 2018, dans un futur proche, et on suit une équipe de choc, partie pour récupérer un artefact surpuissant. Trop gros ? Oui, et pourtant Antoine Tracqui réussit à faire sonner tout cela plausible. Pour ce faire, il emploie les grands moyens : mystères historiques inexpliqués et travaux perdus et incompréhensibles d’un physicien perché (pardon, d’un génie).

De fait, il prend pour appui des faits réels, la disparition d’un physicien émérite mais discret, en 1938, une expédition de cartographie étrange, menée en Antarctique : High jump.

Des événements historiques qui ont donné lieu à d’obscures théories du complot. Bref, il était casse-gueule de s’y attaquer. Eh bien, Antoine Tracqui nage comme un poisson dans l’eau. Il a réussi à concevoir des explications crédibles, structurées. Tout s’emboîte parfaitement. Chapeau bas !

J’ai particulièrement apprécié le travail documentaire qui donne envie de se pencher sur tout un tas de sujets (pour aller plus loin, quelques pistes en fin de chronique), tant historiques que scientifiques.

Mais le gros point positif de ce livre, ce sont les personnages. Poppy Borghese en tête : le must du personnage frapadingue mais diablement attachant. L’équipe de choc que constituent les héros est très rock’n’roll. J’ai beaucoup aimé aussi le traitement des « méchants » avec de bons retournements pour les nuancer (bien qu’ils soient particulièrement détestables). Pas trop de manichéisme ici, et c’est appréciable.

Des détails biologiques croustillants ou un catalogue des pires façons de mourir

L’auteur est médecin légiste et ça se sent. Il se plaît à multiplier les détails glauques, peu ragoûtants, concernant blessures et morts atroces. Pas de complaisance malsaine, non, simplement des constatations cliniques affreuses, et nonchalamment posées dans le feu de l’action.

Comme ça :

« C’était des hommes qui ne connaissaient ni la peur, ni la compassion. Avant que Tomski ne leur rappelle sèchement la consigne de silence, plusieurs s’étaient mis par jeu à décerner une note aux morts, en fonction de la manière plus ou moins originale dont ils étaient passés de vie à trépas. »

ça donne un peu le ton : sobre et efficace !

Un rythme récurrent

Quelques points noirs toutefois : au bout d’un moment c’est un peu trop gros. Oui, je sais j’ai dit au début de cette chronique que c’était gros mais que l’aspect scientifique faisait sonner tout cela plausible. Certes, c’est vrai, mais vers la fin, les grosses révélations et rebondissements m’ont un peu lassée. Superpositions de trop de corrélations et de technologies incroyables qui dénouent trop vite les problèmes. Le progrès technique-baguette magique a tendance à me gaver au bout d’un moment. Tout comme la ficelle du : on a un chef de multinationale hyper riche, du coup on peut débloquer toutes les situations. Il y a du vrai, mais parfois c’est un peu trop facile.

Je fais partie des français râleurs que l’auteur tacle dans cette interview (que je recommande d’ailleurs, car on en apprend pas mal sur les inspirations de Tracqui : Jules Verne, etc.), qui aiment bien remettre en cause l’utilisation des progrès de la science (et Tracqui n’a pas tort, ça peut devenir un méchant travers systématique). Disons que je pense que c’est super et nécessaire de faire avancer la science, mais qu’il faut prendre garde à comment on s’y prend, et à ce que les progrès techniques soient utilisés pour le bien commun. Pas pour faire péter des trucs ni laisser trainer ou enfouir des machins radioactifs par-ci, par-. (oui, je fais du lobbying antinucléaire à mes heures perdues)

J’ai cela dit beaucoup rigolé à la lecture de sa pique sur les Français toujours en grève qui ont loupé le coche d’un événement important 😀

Pour rester dans ce thème, un autre point m’a dérangée. SPOILER (en blanc, il faut surligner pour lire)

A la fin de Point Zéro, ça sonne comme « tout baigne ». Mais pour moi, tout ne baigne pas du tout. Un multimillionnaire qui passe au-dessus de tous les processus démocratiques (tout au long du roman il double les Etats Unis et la Russie et s’en balance de la CNIL et du respect de la vie privée) vient de choper les plans d’une arme pire que la bombe nucléaire (un trou noir en bouteille, je vous demande un peu !) et c’est super. Tout au long de ma lecture, j’imaginais qu’à la fin l’équipe de choc allait se dire : « heu, wait, on a peut-être fait une connerie ». Le final : ils viennent de donner la pire arme qu’il soit à leur employeur et comprennent qu’ils servent un gros méchant depuis le début. Bah non, le multimillionnaire a son joujou. Aucun contrôle démocratique (ni même un semblant de démocratie, je demande pas la lune) sur ce qu’il en fera, et c’est cool. Mouais. J’aurais aimé plus de recul. Peut-être dans le tome 2 : Mausolée, qui sait ! Je ne l’ai pas encore lu.

Cela dit, j’adore Kendall Kjölsrud, hein, c’est pas la question.  Il est génial, mais j’ai pas confiance (malgré sa profession de foi p.457 en mode oui ça peut être utilisé à des fins malintentionnées, mais moi je pourrais l’empêcher car je suis un homme bon. )

Enfin, dernier sujet d’agacement. Le rythme. Antoine Tracqui suit toujours le même schéma pour passer d’un personnage à l’autre et pour placer ses révélations et rebondissements. A force, ça m’a lassée. J’avais une impression de boucle. Comme le galop d’un cheval, où l’on sait exactement quand la cadence va repartir. Il paraît que Mausolée tombe moins dans cet écueil.

Cela dit, cela reste un excellent roman qui tient en haleine et je lirai la suite avec grand plaisir.

Pour aller plus loin.

Sur la disparition d’Ettore Majorana. Le fait d’avoir visionné cette conférence (passionnante) il y a quelques mois m’a bien aidée à cerner l’intrigue. (J’ai bondi dès les premières pages du roman en fait, en mode hystérique, et dû attendre plusieurs centaines de pages pour avoir confirmation, si je ne m’abuse)

Je n’ai pas encore lu le bouquin d’Etienne Klein, mais j’aimerais bien. (Jolie chronique ici)

Sur High Jump, je suis très peu renseignée, mais il n’y a pas besoin d’aller loin pour voir que ça a donné lieu à une pelletée de théories fumeuses (énoncées sur la page Wikipedia)!

 

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4 responses to “Point Zéro, d’Antoine Tracqui

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