Petite réflexion sur  » Respecter tout être vivant est-il un devoir moral »

Photo de Straightpunkpoet. Lien : http://www.deviantart.com/art/Cozy-Cow-32804018

Photo de Straightpunkpoet. Lien : http://www.deviantart.com/art/Cozy-Cow-32804018

Le sujet du Bac de philo cette année a éveillé l’intérêt de la communauté végé/végan. Respecter tout être vivant est-il un devoir moral ? Voilà qui, si la réponse était « oui » (mais en philo, la réponse n’est jamais « oui », on joue souvent à « ni oui ni non ») donnerait un bel argument au végétarisme/véganisme, à la cause animale, qui soutient que tuer un être sensible pour un plaisir gustatif est au moins égoïste, sinon barbare.

Végétarienne depuis un an, j’ai moi aussi attendu avec excitation le corrigé (qui n’est qu’une réponse possible parmi d’autres bien sûr). J’ai lu celui publié sur philo mag, je l’ai trouvé intéressant, mais j’aimerais juste ajouter mon grain de sel car je trouve qu’il manque un élément.

Voici ici le lien : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/respecter-tout-etre-vivant-est-ce-un-devoir-moral-11685

En résumé

En première partie, l’auteur critique la vision de l’animal machine de Descartes pour reconnaître que l’animal est capable de souffrance et que le respect constitue en premier lieu à ne pas infliger de souffrance inutile.

Le philosophe se heurte un petit peu au problème de la limite entre être sensible et non sensible. Compte-t-on le protozoaire?

Ensuite, il évoque la position d’un des grands penseurs du végétarisme : Peter Singer, qui considère le devoir envers tout être vivant comme un devoir vis-à-vis de soi.

En deuxième partie, le philosophe rappelle que les notions de devoir, de morale, de prendre soin du plus faible sont des notions qui constituent le propre de l’homme et s’appliquent en conséquence à l’homme par l’homme.

Il ajoute que respecter l’être vivant et ne plus faire d’expérience sur lui impliquerait des conséquences pour l’homme, notamment sur sa longévité (j’imagine qu’il veut parler des tests pour les médicaments). Il dit aussi que si ne plus manger de la viande n’était plus seulement un choix culturel mais général à l’espèce humaine, cela remettrait en cause notre identité d’omnivore.

Enfin, en troisième partie, l’auteur rappelle que le respect de l’environnement est aussi un respect envers notre espèce humaine, puisque sa dégradation entraîne directement des conséquences sur l’homme. Puis, le philosophe pose des limites au respect de l’être vivant, affirmant que les droits de l’homme priment sur les autres.

Contre cet alarmisme, Luc Ferry objecte dans Le nouvel ordre écologique que l’homme est un animal historique et que ce serait une régression par rapport aux acquis des Lumières que de donner aux vivants des droits. Il faut donc rappeler que si l’homme a des devoirs vis-à-vis des vivants, ils ne peuvent être de même nature que ceux à l’égard de l’homme. On peut certes inscrire la non-souffrance dans une charte de défense des droits des animaux mais il faut hiérarchiser les chartes et rappeler que celle des droits de l’homme prime sur toutes les autres.

 

Je ne m’étendrais pas sur la conclusion ( » Mais la « zoophilie » ne doit pas nous faire oublier que l’animal n’entre pas dans l’histoire, qu’il reste bête comme le dit La Fontaine » etc.) car je vois pas pourquoi il faudrait entrer dans l’histoire pour être respecté ! (à conclusion caricaturale, critique caricaturale!)

Mon grain de sel

Je ne suis pas philosophe, cela fait bientôt 10 ans que je n’ai plus de cours de philo, mais j’aimerais toutefois mettre mon grain de sel. Globalement, l’argumentation me convainc. Je tique sur deux points.

Si j’ai bien compris, l’auteur part du postulat que nous limiterions l’augmentation de la longévité humaine en ne pratiquant plus les tests sur les animaux. Or, ces tests ont peut-être été utiles à une certaine époque mais elle semble proche d’être révolue. De fait, notre technologie a permis de développer des méthodes alternatives. De plus, le test sur les animaux est une méthode de plus en plus critiquée par les scientifiques car chaque espèce réagit différemment. De fait, si un animal souffre d’un produit, cela ne veut pas dire que nous réagirions de la même manière et vice-versa. Un produit catastrophique pour un rat, n’aura peut-être aucune conséquence sur l’homme.

Liens à ce sujet :

« Ces médicaments testés sur la souris qui ne soignent pas les humains »  http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2014/04/13/ces-medicaments-testes-sur-la-souris-mais-qui-ne-soignent-pas-humain/

Là, par contre, on nous dit que sans l’expérimentation animale il y a bcp de choses que nous n’aurions pas découvertes et que c’est donc utile : http://www.theguardian.com/science/2005/sep/01/medicalresearch.health

Tuer, oui, mais si nécessaire

Deuxièmement, je vois dans l’argumentation développée dans le corrigé un principe auquel j’adhère. Respectons tous les êtres vivants, oui, mais notre espèce d’abord. Human first. Je suis d’accord avec cela. Si pour survivre nous avons besoin de tuer un animal, oui pour moi, c’est la bonne solution.  C’est l’être humain qui prime dans mon rapport personnel au monde (je ne dis pas que ce doit être ainsi pour tout le monde). Seule sur une île avec un chien, pas de fruits à cueillir, ni légumes, ni racines, etc. Je bouffe le chien y a pas photo. Si c’est un pote qui crève de faim, je ne bouffe pas le pote, je lui donne le chien. Bref, vous avez compris.

C’est un cas extrême, je crois que j’ai peu de chance d’y être confrontée.

Pourquoi je ne suis pas d’accord avec la dernière partie du corrigé

A partir de là, manger de la viande est-il absolument légitime ? Je suis arrivée à la conclusion inverse car manger de la viande (et des produits animaux) n’est pas un besoin pour l’homme. On peut vivre autrement. Pis, c’est actuellement une cause de misère et de dégâts environnementaux. On en mange tellement que c’est devenu une pollution et une cause de déforestation. Surtout, on importe du soja et autres céréales de l’autre bout du monde, pour nourrir notre bétail (très nombreux et pour la plupart concentré dans de petits espaces), ce qui cause l’expropriation de populations pauvres en Amérique latine notamment. On gâche des terres agricoles pour nourrir notre propre population avec un met qui cause non seulement de la souffrance animale, mais aussi humaine.

(Sur ce problème : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/04/STIENNE/48972)

Réduire notre consommation de viande pourrait diminuer la faim dans le monde puisqu’elle pourrait rendre des terres agricoles à des populations qui peinent à se nourrir.

Ce que je récuse dans ce corrigé est qu’il part du principe qu’exploiter les animaux pour se nourrir est nécessaire ce qui à mes yeux le rend bancal. Car, non seulement on sait aujourd’hui que c’est faux, mais en plus c’est une cause de souffrance aussi pour certains êtres humains puisque notre consommation excessive de viande induit un mauvais partage des denrées.

A mes yeux donc, manger de la viande est irrespectueux envers l’animal. C’est gratuit car cela ne répond pas à un besoin fondamental (la FAO assure que le régime végétalien est adapté à tous les âges de la vie). Cela ne satisfait pas non plus à l’argument du respect de l’homme avant tout car notre consommation excessive de viande (j’avoue que ce ne serait peut-être pas le cas si elle était raisonnée) conduit à la misère dans certaines parties du monde.

Précision

Mon propos ici n’est pas de dire que les mangeurs de viande sont d’horribles vilains immoraux hein. Simplement de nuancer le corrigé lu sur Internet en montrant une autre perspective qui me tenait à coeur. Pour moi, cette argumentation était défendable il y a quelques dizaines d’années : quand on ne savait pas que se passer de viande et de produits animaux pouvait se faire sans carence, et quand on ignorait que des alternatives à l’expérimentation animale étaient possibles (et en plus, selon certains (il n’y a pas de consensus scientifique à ce que je sache) préférable).

Je fais partie du lot des immoraux d’ailleurs puisque je mange occasionnellement des oeufs (et contribue indirectement au broyage des poussins mâles vivants dont on a attendu l’éclosion pour vérifier si c’était des femelles. Et comme c’était pas le cas : zou, direct à la broyeuse). Je mange aussi des produits laitiers (et je contribue donc à l’afflux de veaux à l’abattoir).

Ma troisième partie

Je ne résiste pas à l’envie de revenir au lycée dans ma tête et de me demander comment j’aurais conclu ma dissert’ puisque de toute évidence celle du corrigé ne me convient pas.

Je pense que je serais partie sur l’idée que :

– l’exploitation des animaux est moralement acceptée par la société dans laquelle nous vivons

– néanmoins cela semble aller en même temps à l’encontre de certaines valeurs véhiculées par la dite société (ne pas causer de souffrances inutiles par exemple)

– on peut réconcilier ces deux points en adoptant un positionnement éthique qui intègre ces valeurs dans notre mode de vie.

Mais comme j’ai toujours du mal avec la différence entre éthique et morale, je crois que ce paragraphe serait risqué !

Sur ce je conseille vivement, très vivement, la lecture de cet article très complet intitulé « Faut-il encore manger de la viande? »

http://www.scienceshumaines.com/faut-il-encore-manger-de-la-viande_fr_29777.html

Publicités

À propos de zeb

https://sansfarine.wordpress.com Voir tous les articles par zeb

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :