Demain le monde, de Jean-Pierre Andrevon

demain le monde

Jean-Pierre Andrevon a une forte conscience écologiste et ça se sent. Les dérèglements climatiques,  les catastrophes environnementales, habitent ses nouvelles à l’ambiance volontiers post-apocalyptique, ou apocalyptique, tout dépend. Son autre thème de prédilection est le paradoxe temporel.

Voilà les ingrédients principaux qui forment les structures de ses textes, dans ce recueil. Là-dessus, Andrevon pose sa plume, rythmée, imagée, et celle-ci nous embarque dans des atmosphères foisonnantes, des ambiances que j’ai beaucoup appréciées.

Ce serait trop long de parler de toutes les nouvelles. Je vais vous toucher deux mots de quelques unes.

Ma préférée :

Sans conteste : Rien qu’un peu de cendre et une ombre portée sur un mur. On voit grandir une petite fille, dotée d’un pouvoir étrange. Inconsciente de son talent, elle en use de façon spontanée, faisant disparaître ce qui l’importune. Mais son don la dépasse.

Ce texte est une perle. J’ai plongé dedans, et j’en suis ressortie triste et émerveillée. C’est une beauté. En voici un extrait pour vous montrer la qualité de l’écriture :

 » Autour c’est la campagne, c’est dimanche. C’est l’été finissant, le soleil, les vacances tardives. Des mouches bourdonnent, petits morceaux de charbon diapré brûlant dans l’air. »

 

Pour une belle citation :

Dans … Il revient au galop

 » Les journaux ne parlaient que de la pluie. C’était une aubaine pour les colonnes d’été et les rédacteurs s’efforçaient de doser subtilement le ton de leurs articles, pour naviguer entre l’optimisme débonnaire et les prédictions cataclysmiques pas nouvelles afin d’entretenir une complicité factice avec les lecteurs tout en ménageant une part commercialisable de suspense. »

La plus drôle :

Manuscrit de SF trouvé dans une poubelle

Là, Andrevon se moque des clichés de la SF, des erreurs de romanciers débutants, et réussi à faire une nouvelle géniale à partir d’un ramassis de lieux communs. Tout y est, l’intrigue amoureuse bancale (la façon dont Andrevon introduit le personnage féminin raille tout de suite la fonction qu’elle va occuper dans l’histoire), le scientifique dingo, le traître. Bref, tous les ingrédients d’un bon navet, arrangés pour couler à pic, mais rédigés avec un tel humour, que c’est génial.

Un coup de coeur jeté au pif

Comme un rêve qui revient

Celle-ci parle du retour des dinosaures. Le héros est un paléontologiste et son regard sur le retour des grands reptiles donne un cachet intéressant à l’histoire.

Celle qui m’a mise mal à l’aise :

La palme du sordide va à Tout à la main. Je ne sais trop que penser de cette nouvelle, polémique, qui m’a profondément dérangée. Au début, je trouvais le pitch intéressant. On suit le journal d’un gars qui raconte ses aventures amoureuses de la façon la plus crasse possible. Il ne cesse d’essayer de contacter ses anciennes conquêtes par téléphone, mais aucune ne décroche. Au fil du texte, on s’aperçoit qu’il est le seul survivant sur Terre, ou du moins à des kilomètres à la ronde. Alors il occupe son temps avec des plaisirs solitaires.

Au début, ça allait. Je trouvais le concept intéressant. Mais la nouvelle est longue, répétitive (au bout de trois gonzesses, on a compris le principe). Et Andrevon s’appesantit tellement sur ce catalogue d’expériences en dessous de la ceinture que ça finit par en devenir gênant. Je finissais par me dire : c’est bon, abrège. Qu’est-ce que tu cherches ?

Et de toute évidence, je n’ai pas été la seule. Quand Andrevon a soumis la première fois son texte, il a été refusé avec humour par Elisabeth Gille, qui  » en tant que femme, ne pouvait accepter un texte où le héros mâle n’a d’autres préoccupations que de se masturber », rapporte Jean-Pierre Andrevon. Il a ensuite essuyé un nouveau refus de Jacques Sadoul, avant d’être enfin publié par Alain Dorémieux. Résultat : torrent de réactions outrées dans le courrier des lecteurs. Finalement, l’auteur a reçu des critiques élogieuses, et notamment de Joëlle Wintrebert  » qui a compris que cet éloge de la masturbation n’était pas écrit contre les femmes, mais pour (en leur absence) « .

Je ne sais que penser. Certes, la vision de la femme est déplorable dans cette nouvelle. Mais en même temps, celle du héros l’est aussi. Il apparaît finalement, à mes yeux, comme un anti-héros, à cause de sa vulgarité. Pour moi, c’est la nouvelle la plus triste du recueil car j’ai vu cette masturbation incessante comme un signe de désespérance. C’est une fin de vie horrible, à mon sens, cet abîme de plaisirs qui n’en sont plus.

Autre bon point : Andrevon parle de femmes qui ne brillent pas particulièrement par leur apparence. La nouvelle montre plein de femmes différentes, et se contrefout des canons de beauté, ce que je trouve appréciable.

La longueur du texte, en revanche, me chiffonne. Andrevon prend plaisir à s’appesantir, mais moi, ça m’a barbée. Enfin, l’aspect « autofiction » revendiqué par l’auteur, me dérange. ça sonne comme une légitimation du comportement du narrateur (qui est imbuvable, vraiment, surtout à la fin). Fantasmer ne fait jamais de mal, j’en conviens.  Non, c’est vraiment la fin qui m’a mise le plus mal à l’aise, avec son vieux magazine italien. Lire, en quelque sorte, que c’est trop cool de regarder quelqu’un souffrir sur papier glacé, me glace. (et en même temps, à ce stade, on se rend bien compte que ce n’est plus cool du tout. Que tout cela est très triste et désespérant)

Le rôle des femmes dans certaines nouvelles du recueil m’a agacée à plusieurs reprises. Il y a souvent un petit côté utilitariste avec la redondance du scénario type : Héros masculin rencontre belle nana plantureuse. Il la drague et bien sûr, ça fonctionne. Ils couchent ensemble. Le récit reprend. Andrevon suit plusieurs fois ce schéma notamment dans ses histoires de paradoxes temporels. Le bon point est qu’il sait s’en moquer  également. Dans Un petit saut dans le passé, il renverse complètement le point de vue du héros sur lui-même. Le bourreau des coeurs se mue en triste sire.

L’originale

L’Homme qui fut douze

Horrible, glauque et ultra-fendard.

Si jamais vous avez eu envie d’être plus nombreux que vous même, oubliez.

Glauque

En route pour la chaleur !

Alors que le froid a envahi le pays, les populations sont évacuées et attendent le train pour être emmenées dans des terres plus chaudes. C’est super bien écrit mais vraiment trash.

La nouvelle au long court

Le Monde enfin

Un mini-roman. L’ambiance est riche. C’est long mais je n’ai pas vu le temps passer. On suit les tribulations d’un homme et de son cheval dans un monde dévasté.

Celle qui fait plouf :

La bête des étoiles et l’empathe

C’est la seule qui m’a laissée parfaitement indifférente. J’étais bien contente d’en terminer la lecture, je n’ai pas accroché.

 

 

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