Demain le monde, de Jean-Pierre Andrevon

demain le monde

Jean-Pierre Andrevon a une forte conscience écologiste et ça se sent. Les dérèglements climatiques,  les catastrophes environnementales, habitent ses nouvelles à l’ambiance volontiers post-apocalyptique, ou apocalyptique, tout dépend. Son autre thème de prédilection est le paradoxe temporel.

Voilà les ingrédients principaux qui forment les structures de ses textes, dans ce recueil. Là-dessus, Andrevon pose sa plume, rythmée, imagée, et celle-ci nous embarque dans des atmosphères foisonnantes, des ambiances que j’ai beaucoup appréciées.

Ce serait trop long de parler de toutes les nouvelles. Je vais vous toucher deux mots de quelques unes.

Ma préférée :

Sans conteste : Rien qu’un peu de cendre et une ombre portée sur un mur. On voit grandir une petite fille, dotée d’un pouvoir étrange. Inconsciente de son talent, elle en use de façon spontanée, faisant disparaître ce qui l’importune. Mais son don la dépasse.

Ce texte est une perle. J’ai plongé dedans, et j’en suis ressortie triste et émerveillée. C’est une beauté. En voici un extrait pour vous montrer la qualité de l’écriture :

 » Autour c’est la campagne, c’est dimanche. C’est l’été finissant, le soleil, les vacances tardives. Des mouches bourdonnent, petits morceaux de charbon diapré brûlant dans l’air. »

 

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Musique : parce que j’aime que l’on me raconte des histoires

Parce que j’aime les textes, j’aime aussi les écouter en musique.

Parce qu’avant d’être des défilés de signes arides, rangés les uns derrière les autres sur des liasses de papiers, ou sur des écrans, le texte est avant tout de la musique, des rythmes, des sonorités qui chantent, se cajolent, ou se houspillent.

Voilà une petite sélection de combinaisons musique-texte que je trouve magnifiques.

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Les étoiles s’en balancent de Laurent Whale

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Ce roman démarrait super bien. Le postulat est intéressant. Nous sommes en pleine Seine et Marne (et comme je suis originaire d’un département voisin : le Val de Marne, ça me causait particulièrement) mais dans un monde apocalyptique. Le pays est divisé en sortes de cités-Etats, entourées de barbelés, de miradors, gardées par des molosses bien armés. La nourriture manque et la viande la plus courue est le chien errant.

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Otages intimes de Jeanne Benameur

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Petit nouveau de la rentrée littéraire, Otages intimes de Jeanne Benameur parle du retour en France d’un photographe de guerre, après avoir vécu une prise d’otages. Il retrouve sa mère et ses amis d’enfance, dans un petit village. Le roman évoque peu son expérience traumatisante, pour se focaliser sur l’après, le retour au quotidien. Jeanne Benameur ne développe pas de thèmes géopolitiques, elle laisse de côté le terrorisme. Elle se concentre exclusivement sur l’humain et le ressenti.

Même l’enlèvement est traité sous ce prisme. On assiste à une scène très bien décrite où ce qui importe est l’image fugace d’une famille, qui happe l’oeil du protagoniste et semble arrêter le temps.

Il y a des séquences extraordinaires, comme celle d’une soirée mêlant vin et violoncelle.

On m’avait conseillé Jeanne Benameur pour son écriture et je ne regrette pas. Elle a une très belle plume, ciselée. Le thème de son ouvrage n’est pas le traumatisme de guerre. Elle explore l’idée qu’on a tous une part d’otage en nous.

Je n’en dis pas plus. Ce livre est un bijou. Il se découvre de page en page, de lettre en lettre. Inutile de disserter dessus. L’écriture est belle, fluide, intimiste. Elle pioche des sentiments au fond de nous.

 


Profession du père de Sorj Chalandon

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Résumé :

 Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.

Je profite que Sorj Chalandon ait sorti un nouveau livre lors de la rentrée littéraire pour vous parler de ce dernier ouvrage, certes, mais aussi de tout ce que j’ai lu de lui, jusque là. Car je m’avise que je n’ai jamais vraiment parlé de cet auteur ici. Or j’ai lu Mon traitre, et plus récemment : Retour à Killybegs, Le Quatrième mur et La légende de nos pères, qui m’ont tous emballée.

Mais commençons par parler de Profession du père. Je l’ai dévoré ce week-end en deux-deux (car je voulais l’envoyer par la Poste à une cousine) (oui ce n’est pas bien de lire les livres que l’on offre).

Dans ce dernier livre, le narrateur est un jeune garçon. Son père semble au premier abord quelqu’un d’exceptionnel. Il a été judoka, parachutiste, proche de De Gaulle. Oui, ça paraît un peu gros. Très rapidement, on comprend que ce paternel est surtout mythomane. Comme souvent chez Chalandon, au fond de l’intrigue, il y a une guerre. Après la guerre civile irlandaise (Mon traitre, Retour à Killybegs) , libanaise (Le Quatrième mur) et la Seconde guerre mondiale (La légende de nos pères), Profession du père parle de la guerre d’Algérie. Le père n’accepte pas l’indépendance de l’Algérie, il soutient l’OAS et entraîne son fils dans son délire.

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Petite réflexion sur  » Respecter tout être vivant est-il un devoir moral »

Photo de Straightpunkpoet. Lien : http://www.deviantart.com/art/Cozy-Cow-32804018

Photo de Straightpunkpoet. Lien : http://www.deviantart.com/art/Cozy-Cow-32804018

Le sujet du Bac de philo cette année a éveillé l’intérêt de la communauté végé/végan. Respecter tout être vivant est-il un devoir moral ? Voilà qui, si la réponse était « oui » (mais en philo, la réponse n’est jamais « oui », on joue souvent à « ni oui ni non ») donnerait un bel argument au végétarisme/véganisme, à la cause animale, qui soutient que tuer un être sensible pour un plaisir gustatif est au moins égoïste, sinon barbare.

Végétarienne depuis un an, j’ai moi aussi attendu avec excitation le corrigé (qui n’est qu’une réponse possible parmi d’autres bien sûr). J’ai lu celui publié sur philo mag, je l’ai trouvé intéressant, mais j’aimerais juste ajouter mon grain de sel car je trouve qu’il manque un élément.

Voici ici le lien : http://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/respecter-tout-etre-vivant-est-ce-un-devoir-moral-11685

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Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour

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Derrière cette couverture un peu glauque se cache un chef-d’oeuvre ! (J’ai la folie des grands mots aujourd’hui)

Le goût de l’immortalité est un récit à la première personne relaté par une très vieille femme qui a accédé à l’immortalité. Nous sommes dans un futur effrayant où les riches vivent en haut de tours quand les pauvres s’entassent en bas, voire sous terre. Là, des maladies horrifiques règnent (des sortes de Ebola bien gores).

Devenue immortelle enfant, la narratrice relate une partie de sa trèèèès longue vie. Nous voyons donc évoluer ce monde sur plus d’un siècle, en filigrane dans le récit. Elle raconte la vie de Cmatic, un entomologiste mis au placard et missionné pour enquêter sur une sorte de sorcière. La deuxième partie s’intéresse à Chen, dont la narratrice transmet le témoignage. Ce qui entraîne le lecteur dans une incursion dans les bas-fonds de la société.

La narratrice nous prévient. La seconde moitié du livre sera sombre, très sombre. Elle est même sordide.

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Brève de ciné : Her de Spike Jonze

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Synopsis :

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

 

Ce film m’intriguait, on m’en avait dit du bien, mais j’ai loupé le coche au ciné. Sur le coup, je m’étais un peu dit « bof, le sujet est rebattu ».

Et oui, voyez-vous, j’avais lu le manga Chobits de Clamp il y a quelques années, et à la lecture du synopsis je me suis dit que le thème de l’être humain amoureux d’une intelligence artificielle c’était du déjà-vu. (J’ai ce côté snob parfois :s)

Ce thème est également présent (de façon assez anecdotique) dans une superbe série télé : Real humans, (que je recommande chaudement) où des humains choisissent de vivre en couple avec des robots.

Mea culpa, Her est un très beau film qui vaut la peine d’être vu.

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Le Royaume de Tobin de Lynn Flewelling : Quand la fantasy aborde la transsexualité

Couverture du tome 5

Couverture du tome 5

Quand on m’a parlé de cette série en 6 tomes – pardon cette trilogie : les éditions françaises ont tendance à découper les volumes en deux pour faire des sous… – j’étais curieuse mais sceptique. La raison ? Le coup d’un garçon qui est en fait une fille et d’ailleurs ça se pressent car il aime les poupées… J’ai eu peur de tomber sur un truc hyper cliché sur le genre féminin et masculin.

Cliché ?

Eh bah non ! Le Royaume de Tobin est plus intelligent que ça. D’abord, on ne peut pas dire que Tobin aime pas les poupées parce qu’il est une fille sous un corps de garçon. Ce goût est surtout lié à sa mère, qui a sombré dans la folie, dont il regrette le manque d’amour et qui fabrique des poupées à longueur de journée. On évite donc le coup du « les filles aiment les poupées, c’est inné ». Du moins, c’est ainsi que je l’ai interprété.

Le début de l’histoire est un peu longuet. On suit l’enfance de Tobin. On nous parle aussi de magiciens qui sont intervenus dans son changement de sexe à la naissance…

Par ailleurs, son jumeau (un garçon) est mort et le hante sous la forme d’un démon.

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Brève : Fatou Diome s’exprime sur le sort des migrants

Si si, cette brève est liée à la littérature car bien que je les ai lus il y a plusieurs années, j’avais adoré deux romans de cette auteure : Le ventre de l’Atlantique et Ketala.

Et voilà que l’écrivain Fatou Diome fait parler d’elle dans les médias pour dire les choses clair et net. Pour voir la vidéo, c’est ici :

http://www.liberation.fr/video/2015/04/27/fatou-diome-si-les-gens-qui-meurent-etaient-des-blancs-la-terre-entiere-serait-en-train-de_1271272

«Les gens, là, qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’étaient des Blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des Noirs et des Arabes, alors eux, quand ils meurent, ça coûte moins cher»

Cela parait évident, et pourtant on entend rarement quelqu’un exprimer tout haut le fait qu’il semble y avoir deux poids, deux mesures. Je suis l’exemple de Fatou Diome pour dire moi aussi ce qui me turlupine. Quand quelques Français meurent dans un crash ou autre accident exceptionnel, c’est presque une tragédie nationale (et je comprends que cela prenne de l’importance. La douleur pour les familles est immense. ça nous touche. ça pourrait être notre frère, notre copine, n’importe qui, qui disparait brutalement dans un voyage), mais les naufrages des migrants ce ne sont souvent que des chiffres sans visages que l’on oublie très vite.

Alors que l’on déploie les grands moyens et les grands discours à tour de bras pour la plupart des catastrophes, en mode « c’est inadmissible », on sent comme un parfum de « bah zut, mais on n’y peut rien », quand il s’agit d’immigration. (Puis : Envoyons Frontex ! Comme si c’était une mission humanitaire et pas un dispositif pour garder les frontières)

Ce n’est pas seulement la faute des grands médias. Ils suivent leur audience (nous…) et vont là où le vent souffle. Or on s’identifie plus facilement aux gens qui nous ressemblent, et on s’attarde moins sur ceux qui nous paraissent différents (non pas par la couleur de peau, hein, j’entends par là le fait de vivre dans un pays dit « développé » ou « en voie de développement »)

Bon y en a des milliers des exemples comme ça. On sait tous que trois pelos qui dorment dans leur voiture à cause de la neige et des embouteillages, ça fait plus de bruit que des dizaines de sans abri qui décèdent dans la rue.

Et oui, j’enfonce des portes ouvertes, mais j’avais envie de mettre le doigt dessus !

Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille de parcourir le site de la Cimade, une association qui se bat pour les droits des migrants.

Plus d’infos sur Frontex ici : http://www.lacimade.org/fichepratiques/4526-L-Agence-Frontex (il s’agit d’un article engagé par une association militant pour le droit des migrants) et ici (plus gentil avec Frontex) : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/triton-poseidon-hermes-les-operations-de-frontex-en-carte-471625.html

Un peu de littérature

Bon, vu que de base, ce blog devait être sûr les livres, laissez-moi vous toucher quelques mots au sujet de deux oeuvres sur lesquelles court la plume fluide et belle de Fatou Diome. Le ventre de l’Atlantique parle justement de l’immigration, des rêves qu’elle suscite et du désenchantement. L’espoir de devenir footballeur, les attentes des autres de l’autre côté de la mer.

Kétala est très original car il raconte l’histoire d’une femme à travers ses meubles. Ou plutôt, ce sont ses meubles qui racontent l’histoire de cette femme. J’ai préféré le Ventre de l’Atlantique, mais ce sont deux beaux romans. Article ici : http://www.afrik.com/article10079.html

A golfer hits a tee shot as African migrants sit atop a border fence during an attempt to cross into Spanish territories between Morocco and Spain's north African enclave of Melilla

A golfer hits a tee shot as African migrants sit atop a border fence during an attempt to cross into Spanish territories between Morocco and Spain’s north African enclave of Melilla October 22, 2014. Around 400 migrants attempted to cross the border into Spain, according to local media. Picture taken October 22, 2014. REUTERS/Jose Palazon 

Je termine sur les mots de Fatou Diome :

 Et je vais vous dire une chose : ça ne dissuade personne, parce que quelqu’un qui part et qui envisage l’éventualité d’un échec, celui-là peut trouver le péril absurde, et donc l’éviter. Mais celui qui part pour la survie, qui considère que la vie qu’il a à perdre ne vaut rien, celui-là, sa force est inouïe parce qu’il n’a pas peur de la mort