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L’assassin royal de Robin Hobb

De la diplomatie royale

roman publié en 1995

Un château fort habité par un Roi qui gère six duchés, des Princes en concurrence pour le pouvoir, des noms euh… pas si communs (Dame Patience, Prince Vérité, Roi Subtil). Et puis au centre de ce joyeux contexte politique, le fils illégitime du Prince Chevalerie. Comme sa famille, il est doté d’un prénom qui caractérise sa personne : Fitz, ce qui signifie « batard ». A ses six ans, quand le père qu’il n’a jamais connu décède, le Roi fait amener l’enfant au siège du pouvoir royal : Castelcerf. Mais cet accueil de Fitz au château n’est pas gratuit. Hors de question d’en faire le futur héritier au trône. Le voilà promu assassin du Roi. Dès son plus jeune âge, le héros est formé par un vieil homme agile, Umbre, aux arts clandestins du vol, de l’espionnage et du meurtre. Ils ont juré de servir le Roi Subtil qui ne se prive pas de faire appel à eux dès qu’il estime que la diplomatie ne suffit pas à régler un problème. Dans les Six Duchés, la politique n’est pas souvent sans tâches.

Un monde en perpetuel développement

On entre petit à petit dans l’univers de Robin Hobb pour découvrir qu’il n’en finit jamais de s’enrichir. Les différentes formes de magie (l’Art et le Vif), sont si bien intégrées dans le récit qu’elles paraissent plutôt être des arts, un peu comme la peinture ou la musique, qui nécessitent du talent et de la pratique mais restent toujours difficiles à appréhender entièrement. A chaque début de chapitre, un texte en italique relate un évènement de l’Histoire des Six Duchés, ou théorise la pratique d’un talent. On a soudain l’impression de tenir entre ses mains un livre de la bibliothèque de Castelcerf que l’on repose à la fin du paragraphe, pour retrouver la plume de Robin Hobb. Ces passages ne sont jamais complètement déconnectés de l’intrigue et y apportent un éclairage différent, avec plus de recul que l’omni-présent Fitz.

Car le premier chapitre de « l’apprenti assassin » donne le ton. C’est bien le héros de l’histoire qui écrit et raconte ses aventures : une autobiographie fictive en somme. Fitz, assassin, aurait pu être un anti-héro mais il déborde d’empathie. Impulsif, spontané, renfermé, solitaire, à la fois honnête et menteur, Robin Hobb nous décrit un personnage tout en nuances qui mène le récit et qui commet de nombreuses erreurs. C’est là la force du livre, les rebondissements se succèdent mais la trame n’est pas prévisible. Hors de question de compter sur les qualités de Fitz, prompt à se fourvoyer, ni sur une chance opportune quand la situation est désespérée.

L’univers médiéval de Robin n’entre pas dans le cliché récurrent dans la Fantasy du monde des bardes et des chevaliers : l’auteur a réussi à créer un cadre très personnel. Elle invente à partir de formes simples et souvent éculées (guerriers, pirates, dragons), des personnages complexes et approffondis. Qui peut prétendre à la fin de la série avoir réellement réussi à cerner le Fou? Psychologie des protagonistes finement développée, univers complet, scénario bien ficelé : L’assassin royal mérite son statut désormais acquis de Best-seller.