Archives de Tag: fantastique

Skin trade de G.R.R Martin

skin

Avant d’attaquer l’intégrale 5 du Trône de fer (qui traîne chez moi en VO mais que je n’ai toujours pas commencé…), j’ai fait un petit détour à la médiathèque histoire de découvrir ce que l’auteur avait écrit d’autre. J’avais déjà découvert certaines de ses nouvelles dans un numéro de la revue Bifrost qui lui était consacré, mais c’était tout. J’ai alors jeté mon dévolu sur une novella : Skin trade.

Et je n’ai pas été déçue du tout. L’ambiance est radicalement différente du Trône de fer et plus similaire à celle des nouvelles publiées dans Bifrost. Exit le médiéval fantastique. Rendez vous dans la fantasy urbaine, dans notre monde. Enfin presque ! Parce que les événements qui se déroulent ne sont pas tout à fait ordinaires. Des meurtres au mode opératoire bien particulier (le dépeçage) se succèdent. On suit l’enquête d’une détective, Randi Wave, et d’un agent de recouvrement : son ami Willie. La série d’assassinats rappelle des mauvais souvenirs à tout le monde car ce n’est pas la première fois que de tels événements se déroulent en ville.  Et la fois précédente, l’issue des investigations n’avait pas été totalement concluante.

Dans son roman, G.R.R Martin mêle subtilement le fantastique au polar. Il incorpore à son histoire des loups garous avec un naturel qui est toujours déconcertant. (C’est pareil dans le trône de fer, le surnaturel est si bien intégré qu’on se rend à peine compte que nous ne sommes plus dans le monde réel). L’auteur mène l’intrigue avec des personnages bien campés, et un humour un peu noir, toujours sous-jacent. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Il a réussi à me faire trembler pour les héros, tout en me permettant de bien rigoler sur d’autres passages. Un très bon moment de lecture !

Ha ! Et il a gagné les World Fantasy Awards avec ce roman 🙂

Je conclus ce billet avec un peu de musique : The National (car ils n’ont pas fait que chanter « The rain of Castemere » dans la série Game of thrones)

 

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L’enjomineur 1792 de Pierre Bordage

La Révolution vue au prisme du fantastique

Une uchronie sur la Révolution? C’est ainsi que l’ouvrage m’était présenté. Je ne pouvais pas louper ça. Je n’ai lu que le premier tome et au point où j’en suis, L’Enjomineur n’est pas vraiment une uchronie. Le principe serait alors de changer le cours de l’histoire mais, dans le premier volume, on suit scrupuleusement le déroulé de l’année 1792. L’aspect imaginaire du livre se situe plutôt dans l’apport de fantastique, habilement distillé dans les événements et les éruptions de violence de la Révolution.

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Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

Un fan art de Leon Nack sur Deviantart (http://leonnack.deviantart.com/)

Des années déjà que je me dis, il faut que je le lise, et bien sûr toujours la même histoire… Le temps passe et je ne le lis toujours pas.

Enfin, j’ai pris le temps de me pencher sur la question. Un petit séjour d’une semaine au Royaume Uni avec escale dans le Yorshire m’a convaincue de l’embarquer dans mon sac en version originale. Au bout de quelques pages, j’ai failli regretter. Qu’est ce qui est passé par la tête d’Emily Brontë pour qu’elle décide de retranscrire dans une écriture barbare l’horrible accent de Joseph, venu du fond de la campagne du Yorkshire, qui mange ses mots comme je dévore du chocolat. On dirait qu’il manque la moitié des syllabes c’est infernal. Enfin malgré ce souci de compréhension (vraiment Joseph quand tu parles, je ne peux pas te lire), la lecture a eu vite fait de m’enchanter.

Après une entrée en matière un peu troublante où on se sent comme le narrateur, à se demander « mais où est-ce que je suis tombé? », le fil se dénoue lentement et on entre dans une enivrante tragédie, l’histoire d’amour (on peut appeler ça comme ça?) de Catherine et d’Heathcliff. Au début, bien peu d’indices laissent soupçonner ce qui va suivre. La brève apparition du fantôme de Catherine donne le ton mais est vite occulté par le récit chronologique complet que nous livre Nelly, la nourrice qui a assisté à toute l’histoire, sur deux générations.

On entre dans le quotidien d’une famille plutôt rurale avec des préoccupations d’abord très terre à terre : l’organisation des journées, le mariage des filles, le futur des enfants. Mais autour d’une histoire de famille qui aurait pu rester plate à mourir, Emily Brontë ajoute une touche de fantastique dans cette lande isolée. Surtout elle créée deux personnages inoubliables : Catherine et Heathcliff.

Fascinant Heathcliff

L’arrivée de cet enfant abandonné sans patronyme chez les Earnshaws va bouleverser deux générations. Tout commence comme un conte de fée, une amitié incassable entre deux enfants, puis sans que rien ne l’ait clairement laissé transparaître, l’irruption d’un amour. (C’est tout l’art de Brontë, suggérer sans dire. J’adore ce trait chez les auteurs qui réussissent ce tour de force). La découverte de cet amour éclate comme est un vrai orage. J’ai rarement été autant émue par une déclaration mais c’est parce qu’elle surgit de nulle part, au moment le plus inopportun, au milieu d’une relation qui paraissait platonique.

« Heaven did not seem to be my home; and I broke my heart with weeping to come back to earth; and the angels were so angry that they flung me out into the middle of the heath on the top of Wuthering Heights; where I woke sobbing for joy.

That will do to explain my secret, as well as the other. I’ve no more business to marry Edgar Linton than I have to be in heaven; and if the wicked man in there, had not brought Heathcliff so low I shouldn’t have thought of it. It would degrade me to marry Heathcliff now; so he shall never know how I love him; and that, not because he’s handsome, Nelly, but because he’s more myself than I am. Whatever our souls are made of, his and mine are the same, and Linton’s is as different as a moonbeam from lightning, or frost from fire. »

Mais après la tempête vient le calme, normalement. Pas ici. Dans les Hauts de Hurlevent, l’apaisement est vicié. Un vrai poison. Je ne veux pas trop en dire pour ceux qui ne l’ont pas lu pardon d’avance, mais il est plus question de haine que d’amour. C’est une espèce de grande folie autodestructrice qui va tout dévaster sur son passage. Et l’acteur principal est un taiseux. Heathcliff lâche difficilement plus de 30 phrases dans ce livre (je n’ai pas compté donc en fait je ne saurais pas dire). Il est omniprésent dans le discours des autres et on touche sa personnalité par leur biais mais il reste très mystérieux. Et fascinant. C’est l’acteur principal de cette pièce de tragédie ou, pour une fois, la fatalité n’a rien à se reprocher.

Voilà donc ce qui m’a plu, cet enchainement diabolique qui pour une fois n’est pas lié au hasard mais à une vraie volonté, complètement paradoxale sur certains points, et qui ne lésine pas pour pousser plus loin encore l’horreur des situations.

Et la fin en est d’autant plus appréciable. J’en dis pas plus et je fais comme Heathcliff : je me tais.


Les aventures d’un goubelin en Pays de Broe d’Hélène Larbaigt

Je ne saurais pas trop qualifier le genre de ma dernière lecture. Un roman? Certes non. Une bande dessinée? Non plus. Je dirais plutôt, un « quelque chose illustré ». Voilà. Mais pas un peu illustré. Très illustré.

« Les aventures d’un goubelin en pays de Broe » est un roman un peu hybride. On suit l’intégration d’Alice Osmond dans le monde des morts où il prend sa place en tant que goubelin (ou gobelin) pas très doué. A travers lui, on découvre toutes les créatures de cet univers souterrain foisonnant de traditions, de fêtes, d’occupations et d’artefacts étranges. Ça m’a un peu fait penser au « Dictionnaire des animaux fantastiques » de J.K Rowling. Tout est revisité dans un goût plus moderne. Inspirée par Tim Burton, Hélène Larbaight crée des affiches de fêtes pour lutins, nains, etc. Elle les fait écouter du rock, les habille avec des hauts-de-formes colorés. Il y a du Alice et Pays des Merveilles dans ses redingotes et ses costumes au style du Chapelier. C’est un bon coup de balai passé sur le folklore mythologique et les vieilles superstitions de nos arrières grand-mères, qui se recyclent dans un micro-monde délirant.

Gargouilles, fées, épouilleux

Publiée par une maison d’édition normande, elle revisite en fait tout le folklore de la région, lié à celui des celtes, des vikings, des scandinaves et des irlandais (je crois que les scots n’y sont pas non plus étrangers). Pour moi, c’est ici que c’est intéressant. Car quand on aime un peu le sujet, on s’aperçoit que tout se croise, que les créatures sont parfois les mêmes, se confondent le temps d’une époque puis s’opposent dans un autre temps. On découvre dans ce livre de nombreuses créatures insoupçonnées comme l’épouilleux, la seule espèce proche de l’araignée qui soit capable de montrer une forte dose de charisme (si si).

Bref, c’est bien un vrai capharnaüm de fée dans ces pages. Mais l’artiste s’est donnée du mal pour clarifier tout ça. Et c’est réussi. Dans les notes d’Ercibalt Abbot, un érudit, (ça sent l’anagramme sous un nom aussi tordu mais je n’arrive pas à le trouver), elle explique l’étymologie et l’évolution des mythes. Comment les loups-garous et les vampires étaient avant confondus dans une même espèce, les seconds étant la version décédée des premiers, comment les Milles-groues, Milloraines et autres dames blanches se mêlent au loup-garous… Oui, on y perd son latin, son scandinave et son patois. Mais l’auteur exprime son propos de façon suffisamment claire et amusante pour garder son auditoire éveillé et alerte pour dénicher dans le coin de sa couette, à toute heure de la nuit, des fées! Sûrement l’effet d’un quelconque sortilège… moi j’dis ça, j’y dis rien…

Sur ce, je m’en vais faire une partie de Pudebouc! (le Quidditch local).