Archives de Tag: féminisme

Pas mon genre de Yatuu

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Depuis quelques années, je suis avec grand plaisir le blog de Yatuu. Je n’avais toujours pas acheté ses BDs mais quand j’ai vu qu’elle en sortait une sur les stéréotypes de genre : j’ai foncé.

J’ai harcelé deux librairies avant de la trouver. Puis, impatiente, j’ai lu les trois quarts de la BD en rentrant à pied à l’appart’. Je crois que les passants qui m’ont croisée ont dû me trouver bizarre. Je me marrais toute seule en les évitant au dernier moment. Pour une fois, je n’ai pas rencontré physiquement de poteau. Je ne me suis pas non plus gauffrée sur un trottoir. J’estime donc que je fais des progrès remarquables dans l’activité de lire en marchant.

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Le voile à l’école

 

Parce que Steve McCurry est juste un Dieu vivant, allez voir son blog <3 http://stevemccurry.com/blog

Parce que Steve McCurry est juste un Dieu vivant, allez voir son blog

Blog de  l’ineffable auteur de la photo : http://stevemccurry.com/blog

Quand le sujet du voile à l’école s’incruste dans une conversation, je suis toujours confrontée au même problème. Je me retrouve poussée dans le rang des anti laïcs et anti féministes. Je suis pourtant attachée à la laïcité, je me considère féministe, et je suis athée.

Toutefois, je suis pour l’autorisation du voile à l’école.

1 – parce que je pense qu’une fille qui porte le voile( je pense au foulard, pas à la burka ou au niqab) n’est pas nécessairement forcée par sa famille. Je suis même persuadée qu’elle peut être féministe et simplement vouloir montrer sa culture, face à l’islamophobie ambiante.

2 – Parce que dans le cas où la jeune fille est forcée par sa famille, l’effet de la loi est simplement de l’exclure et de la condamner à ne pas pouvoir profiter de l’école publique. Elle risque d’être envoyée dans une école privée coranique, cloitrée à la maison parce que les espaces publiques français ne veulent pas d’elle, que sais-je encore. C’est donc contreproductif.

On m’assène toujours :  » C’est de l’oppression contre les femmes ! »

Mon premier argument est toujours de dire : « je connais des filles voilées qui sont féministes »

De fait, j’en connaissais deux au lycée. Une qui était une amie d’une amie. Une autre qui était hyper intelligente, qui déchirait tout en philo et que j’admirais beaucoup.

Breeeeef, tout ça pour dire, ce ne sont pas vraiment des amies, mais des connaissances du passé.

Du coup, vu que je ne les fréquente plus, ça doit sonner un peu bancal car je me prends invariablement la même réponse.  » On ne peut pas être voilée et féministe » ou  » j’en doute fort ».

Mes « bah si…. », mes exemples, ma mention des foulards coquets avec pleins de motifs colorés, se diluent devant un mur de scepticisme déconcertant. Et je ne suis pas assez calée pour débattre, en tout cas j’arrive jamais à convaincre quiconque puisque le mur de scepticisme me fait des gros yeux qui savent tout et qui grognent « tais-toi-tu-sais-pas ».

Alors voilà, merci, MERCI, le monde diplo qui explique point par point, de façon documentée, claire et logique, la pensée que j’essaye généralement d’exprimer.

Le lien vers l’article est ici et j’en conseille vivement la lecture ! ❤

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/02/TEVANIAN/10890

Pour finir, j’aimerais parler d’une expérience en Angleterre. J’ai été assistante de français dans un lycée public et catho (le hasard, j’ai pas choisi). J’avais des élèves de toutes les religions, dont une fille voilée. Autant vous dire qu’elle semblait libre de ses pensées, qu’elle était ouverte et très intelligente. D’ailleurs, elle le savait et en profitait pour ne pas trop bosser.  x)

J’ai été surprise par la laïcité dans ce lycée, vécue totalement différemment qu’en France. Les symboles religieux étaient autorisés et coexistaient. C’était beaucoup moins rigide qu’ici, et les élèves semblaient accoutumés  aux symboles religieux de chacun. Je n’ai pas senti de tensions. (Mais je n’étais peut être pas assez proche pour m’en apercevoir)

(ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de racisme et d’islamophobie dans le pays… Ma colloc galloise avait des préjugés à faire pleurer, contre les pakistanais :()

Voilà, encore merci le Monde diplo ❤


Blonde de Joyce Carol Oates

 

Depuis que j’ai vu Foxfire, confessions d’un gang de filles, le film de Laurent Cantet, adapté d’un livre de Joyce Carol Oates, je veux lire un roman de l’auteur. Surtout qu’une amie m’avait informée qu’elle a beaucoup écrit sur la condition des femmes aux Etats-Unis et aborde des thèmes féministes.

 

Alors je suis allée dans ma librairie, il n’y avait pas Confessions d’un gang de filles. J’ai donc acheté un autre ouvrage, au poids. J’ai pris le plus gros : Blonde.

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Voici la quatrième de couverture :

Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l’intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n’entend que les vibrations ronronnantes de l’air conditionné. Ou bien… est-ce qu’elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c’est une « hacienda » de plain-pied ; murs en fausses briques, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d’une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte.

De la main de la Mort, j’acceptais ce cadeau. Je savais ce que c’était, je crois. Et de la part de qui c’était. En voyant le nom et l’adresse, j’ai ri et j’ai signé sans hésiter.

J’avoue que Marilyn Monroe n’a jamais été une des figures féminines qui m’intéressait. Je suis plutôt attirée par Simone de Beauvoir, ce genre de filles. Joyce Carol Oates a du talent. Sous sa plume, Marilyn m’a fascinée.

Ou devrais-je dire Norma Jeane, puisque c’est son vrai nom. Elle nous montre à quel point Marilyn est un personnage de Norma, un rôle qu’elle joue, au milieu de tous les autres. Un rôle d’idiote qu’elle méprise souvent. Marilyn l’extravertie, aux paroles piquantes, tendancieuses. Contre Norma, orpheline, perfectionniste, qui bafouille de timidité.

On voit à quelle point la jeune femme a été façonnée par l’industrie Hollywood qui lui impose une tenue, un comportement. En parallèle, le roman évoque la chasse aux communistes, les listes noires, la délation qui gangrène même le monde des artistes.

 

Je ne sais pas dans quelle mesure le portrait qu’elle dresse est exact. L’auteur a lu beaucoup de biographies de Marilyn, mais il s’agit toutefois d’une fiction. On rentre dans l’intimité imaginée de l’actrice, et c’est vraiment convaincant.

J’ai été surprise d’apprendre que Marilyn gagnait peu d’argent par rapport à d’autres actrices. Elle avait vendu son image trop tôt. Son contrat, signé avant qu’elle devienne une telle idole, n’était pas à son avantage. Son perfectionnisme m’a étonnée. Elle voulait toujours recommencer les scènes. Elle voulait être une vraie actrice : faire du théâtre.

Bref, c’est un roman bluffant, écrit avec une plume superbe et dynamique. J’ai aimé les petites allégories distillées de ci, de là, avec une forte portée féministe. Exemple : Si une jeune fille ne trouve pas son prince charmant, elle appartient à tous les hommes. Elle est en danger. Si elle le trouve, elle est dans un enclos…

On retrouve sans arrêt les rêves de petite fille de Norma Jeane : le prince ténébreux et la belle princesse.

Une belle critique des Livres de Georges

Une interview de l’auteur à lire ici

Durant la période où je le lisais j’ai beaucoup écouté Lost in Hollywood de System of a down

 

Et en bonus la bande annonce de Foxfire, Confessions d’une bande de filles

 


Prostitution : J’ai bien réfléchi, et j’ai désormais une opinion

Il n’y a pas un féminisme. Il y en a plusieurs. Et donc dans chaque mouvement, les avis divergent selon les sujets. La prostitution fait partie de ceux qui ne font pas l’unanimité.

Féministe moi-même, sans trop savoir de quel mouvement je suis proche, je me suis longtemps interrogée sur la prostitution. Faut-il l’abolir ? Faut-il pénaliser le client ?

Honnêtement, mon premier réflexe, purement émotionnel est :  » OUIIIII ! Il faut abolir et pénaliser le client qui entretient ce système ! »

Mais bon, je ne pouvais pas définir ma position clairement. A vouloir abolir la prostitution, on est souvent vue comme une bien-pensante-coincée-élitiste. Et puis, plusieurs faits me faisaient réfléchir et faisaient pencher la balance dans différentes directions. Voici comment j’ai fait ma propre opinion.

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Du domaine des murmures de Carole Martinez

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S’enfermer pour s’émanciper

J’avais adoré le Coeur cousu. Je ne pouvais qu’aimer Du domaine des murmures (surtout qu’on me tannait pour que je le lise). Je crois que je suis raide dingue de l’écriture de Carole Martinez. Poétique, imagée, fluide, délicieuse. Parfois, j’aime l’écriture imagée d’un roman mais j’ai du mal à suivre (cf Lady Hunt, d’Hélène Frappat). Mais avec Carole Martinez (que j’ai lu dans la foulée, d’où la comparaison), tout coule de source et l’histoire se déploie avec de jolies tournures et des personnages qui vous invitent dans leurs vies étranges, un peu ensorcelantes. Le coeur cousu était plein de sortilèges. Du domaine des murmures a un côté mystique. Mais les deux ont cette même touche de magie, sans tomber dans le fantastique. Nous sommes bien dans la vie réelle mais les croyances des personnages, leur imagination se confondent avec la réalité pour nous entraîner à la frontière de l’irréel. Carole Martinez a cette façon bien à elle d’évoquer des sujets. J’ai du mal avec la religion, pourtant, je suis entrée sans effort dans la vie quasi monastique Du domaine des murmures, où une jeune fille décide de devenir recluse et de s’emmurer dans une cellule où elle a à peine la place de se coucher. Sans me poser de questions car ce n’est pas vraiment de religion dont il est question. On parle des états-d’âme d’un personnage qui veut choisir sa vie, et d’un destin hors-norme. Carole Martinez s’est inspirée des recluses du Moyen-Âge : des religieuses qui s’enfermaient dans des cellules où elles ne disposaient que de peu d’espace. Elle décrit la trajectoire de cette jeune fille, Esclarmonde, qui devient mère, avec un drôle de paradoxe : la réclusion comme moyen d’émancipation de la femme.

Carole Martinez est capable d’évoquer des scènes atroces et traumatisantes d’un trait sûr et fin, sans s’appesantir. Moi, qui n’aime pas le gore et les scènes dures, je n’ai aucun souci avec son écriture. Dans « du domaine des murmures », c’est un viol qui est dépeint de façon nette et sans état d’âme. L’auteur réfléchit sur la condition de la femme sans en faire trop, et avec des histoires et un style original. Pas étonnant qu’elle ait reçu le prix Goncourt des lycéens pour ce roman.

Petit topo sur les recluses pioché sur Wikipédia :

C’est aux XIe et XIIe siècles — les grands siècles mystiques du Moyen Âge occidental — que les réclusions se multiplient. Nombreux sont les monastères qui aménagent des cellules spéciales près de leur église pour y recevoir ceux ou celles qui choisissent, après de nombreuses années en communauté, de devenir reclus. Les moniales recluses sont plus nombreuses, sans doute car la vie précisément érémitique, dans l’isolement d’un bois ou de la montagne, est considérée comme peu sûre pour des femmes. Les réclusions ne sont pas nécessairement des choix pour la vie entière. Au XIIe siècle l’abbé Ælred de Rievaulx (1110-1167) du Yorkshire écrit un texte tout d’abord destiné à sa sœur intitulé La Vie de recluse et qui va inspirer un mouvement de mortification qui s’étendra dans toute l’Europe, particulièrement en Grande-Bretagne, France, Belgique et Pays-Bas. Ce texte prendra valeur de règle. Des recluses vont ainsi vivre dans de petites cellules percées de ces petites ouvertures appelées hagioscopes qui leur permettent d’assister aux offices mais aussi de recevoir eau et nourriture des passants. Le cimetière des Saints Innocents de Paris abritait ainsi plusieurs reclusoirs tout au long du Moyen Âge accueillant reclus et recluses.

Autre article sur Les quotidiennes de Val.


Hommage à Kiki

Le charisme a un visage

Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet.

Je viens de finir de lire Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet. J’en profite pour en toucher un mot car le personnage est vraiment marquant. Cette femme a réellement existé. Elle est née en 1901 et elle a été modèle pour des peintres et des sculpteurs avant de devenir la compagne (et muse/modèle) du photographe Man Ray. Je ne la connaissais pas et j’ai beaucoup apprécié de la découvrir via cette BD.

Frivolité qui agace

Elle a pourtant des traits de caractère qui souvent me font tiquer. Elle est frivole, pas spécialement curieuse du monde : plutôt des hommes. Mais elle est diablement attachante. Après avoir lu la BD, j’ai regardé quelques photographies d’elle sur internet, prises par Man Ray, et des peintures où elle a été modèle.

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Films en vrac 1 #

J’ai généralement la flemme de publier un billet à chaque film vu/ livre lu. Je vais donc faire un petit pot pourri de mes derniers détours au cinéma et de mes derniers coups de coeur. Laurence Anyways de Xavier Dolan (j’ai appris qu’il avait 22 ans ce gars-là. C’est dingue!!); Les femmes du bus 678 de Mohammed Diab; et Rebelle de euh Pixar xD

Laurence Anyways : Une claque visuelle

Laurence et Fred

Laurence (c’est un homme) a une vie pour le moins réussie : écrivain à succès, professeur, en couple avec une jeune femme charmante, Fred, avec qui il est visiblement sur la même longueur d’onde. Pourtant, soudain, il déclare qu’il se sent femme, emprisonnée dans un corps d’homme. Malgré ses airs virils, il se travestit en cachette et lorgne sur les produits de beauté de sa compagne. Incapable de le cacher plus longtemps, il lui avoue la vérité. Il veut subir une opération pour changer de sexe. Séisme. Choquée, Fred ne comprend pas, tempête, veut le quitter, puis revient. C’est décidé : par amour, elle le soutiendra dans sa quête. Laurence va alors assumer sa personnalité et se travestir publiquement, même pour donner ses cours au lycée. Je n’en dis pas plus sur le synopsis.

C’est l’histoire d’amour la plus compliquée que j’ai jamais vu. Deux êtres marginaux, tourmentées qui aspirent à trouver leur normalité. Si Laurence trouve à peu près son équilibre en devenant femme. Fred, bien qu’elle conserve son sexe d’origine, a plus de mal.

Je suis souvent peu encline aux films d’amour, celui-là m’a scotchée. Fred dégage une personnalité formidable. Ses coups d’éclats sont justes foudroyants.

Ce qui me marque le plus dans ce film reste la beauté des images. Rien que pour ça, les 2h40 de visionnage au cinéma valent le coup. A croire que chaque plan est une photo d’artiste, prodigieusement animée. La lumière, les couleurs ressortent avec force. Il y a du grain et de la vie sur la peau. Chaque portrait pourrait être exposé dans une galerie. Tout est chiadée au détail près. On sent que le moindre reflet sur une mèche de cheveux ne tient pas du hasard, c’est un régal. Et tout passe par le regard. Le regard des élèves qui se retournent sur leur prof travesti (il fait son coming out) est bluffant. Je suis sûre que chacun d’eux a refait la prise des dizaines de fois, pour un seul regard, tellement leurs différentes expressions sont parfaites.

Bref visuellement c’est superbe. La beauté est au centre tout. Même ce qui est laid (exemple les petites vieilles trop fardées et affublées avec beaucoup de mauvais goût) est tellement bien présenté qu’on y trouve une vraie beauté. Et c’est là aussi le paradoxe qui m’a plu. Chaque plan est beau à regarder, les personnages dégagent vraiment quelque chose. Or le fond du film est bien de dépasser les apparences. Aime-t-on une personne pour ce qu’elle est quand un changement physique (ici assez important : le sexe) conduit à la dégringolade des sentiments?

Les femmes du bus 678 : La claque tout court

Je n’ai même pas les mots. Avec Detachment (je devrais peut-être faire un billet sur celui-là d’ailleurs), « Les femmes du bus 678 » est le film qui m’a le plus marqué depuis le début de cette année. Le récit d’une lutte poignante, pour le respect.

C’est l’histoire (inspirée de faits réels) de trois femmes qui subissent le harcèlement sexuel (courant en Egypte). Elles ne vivent pourtant pas exactement la même réalité, étant de conditions sociales très différentes, mais ressentent le même dégout envers cette situation. La première, Faysa, ne supporte pas les hommes qui la collent mine de rien dans le bus. C’est la plus démunie : mère, voilée, et dans de grandes difficultés financières. Elle décide de poignarder dans leur partie sensible les hommes qui l’approchent d’un peu trop près. Rapidement, elle devient un peu la « serial killer » (mais sans tuer) du bus. Si bien qu’une enquête de police la met en danger.

Seba, très aisée, est violemment agressée au cours d’une sortie avec son époux. Auparavant, elle n’avait jamais été confrontée à ce genre d’attaques, se contentant de repousser les avances avec fermeté. Femme de caractère, elle lance des cours de self-défense.

Enfin, Nelly, la plus jeune, subit aussi une attaque violente, alors qu’elle rentre chez elle après une soirée avec son copain : garçon gentil, drôle et fidèle. Indignée, elle se lance à la poursuite de son agresseur et le traîne jusqu’au poste de police. Elle est la première femme égyptienne à intenter un procès pour harcèlement sexuelle.

Bref, le thème m’intéresse à la base, mais il est traité très finement. Le fait que ces trois femmes qui vont s’unir dans leur combat viennent de milieux différents entraîne des débats très intéressants entre elles (un notamment où elles se renvoient la balle. Je simplifie mais l’idée c’est : « tu es responsable car tu es trop coquette, tes cheveux détachés et tes vêtements trop provoquant » « non, c’est de ta faute avec tes idées rétrogrades ».)

Et surtout, le film montre bien les différentes implications. C’est un cercle vicieux : certaines femmes se laissent faire (parfois avec enthousiasme) donc le harcèlement se prolonge. Certains hommes sont frustrés et s’y mettent.

L’enquête policière ajoute une dose de tension et de suspense. L’homme qui mène les investigations est d’ailleurs un personnage très intéressant. Les trois héroïnes sont vraiment poignantes. Ce n’est pas une guerre entre les hommes et les femmes. Au contraire, la gente masculine n’est pas caricaturée. C’est finement mené, c’est une lutte pour le respect. Ha oui, détail : le réalisateur/scénariste est un homme.

A voir. Absolument!

Lien à lire : article de rue 89 : il y a des témoignages du réalisateur et des extraits.

Rebelle : Une héroïne qui pète le feu

Je ne m’étendrais pas sur celui-là. Beaucoup de gens vont le voir. Ils font bien : c’est un vrai bol d’air! (surtout après les femmes du bus 678… qui est meilleur à mon avis mais pfouuu … poignant!)

Rebelle est très drôle. Rien de triste, que du suspense et du rire. Et qu’est ce que j’ai pu me poiler! Ses trois frangins sont des génies de facétie. Elle est tout aussi attachante (et puis j’adore les héroïnes dans son style). Peut-être que le scénario manque de quelque chose, je ne sais pas quoi. Non, en fait c’est très bien. Un petit coin de paradis dans des paysages écossais à crever la bouche ouverte!

Par contre, je ne sais pas comment elle coiffe ses cheveux le matin, mais ça doit être hard-core. C’est une cousine de Raiponce et elles se passent des astuces pour démêler, c’est pas possible autrement!


Pourquoi une fille ne sait-elle pas tenir une épée?

Ou : Pour ne pas hurler au meurtre quand on est féministe et que l’on lit de la fantasy, faut-il lire exclusivement des romans écrits par des femmes?


On ne compte plus les romans de Fantasy où le groupe d’aventuriers courageux prêts à affronter tous les périls est exclusivement constitué…d’hommes. La Communauté de L’Anneau de Tolkien n’a pas un seul élément féminin. Dans le Seigneur des Anneaux, la femme de Sam reste à la maison. Certes, Eowyn sort une jolie réplique en trucidant un nazgul mais bon, c’est anecdotique comparé aux prouesses d’Aragorn, Frodon et sa clique. Et puis, le danger passé, Mademoiselle retournera à son château. Pas de traversée fantastique au devant des flots pour elle. Les femmes sont même un frein à l’aventure : Sam renonce à ses rêves pour une gentille vie de famille dans son village. Quant aux princesses dans «Les princes d’Ambres » de Roger Zelzany, elles n’aspirent pas au trône et laissent d’office les combats pour le pouvoir à leurs frères. D’ailleurs la seule femme dotée d’un tant soit peu de force et d’un joli talent d’escrimeuse est en fait un affreux démon (Dora).

On retrouve ce manque d’ambition dans la plupart des romans où l’héroïne ne vise qu’à aider le héro à triompher. Les Chroniques d’Alvin le Faiseur d’Orson Scott Card, nous présentent une Peguy avec une belle force de caractère. Elle part se construire seule loin de chez elle pour acquérir de nouvelles compétences. Mais on apprend très vite que son seul but est d’assister le personnage principal. Certes dans la plupart des romans les femmes aussi sont fortes et intelligentes (parfois ce sont de véritables cruches mais ne parlons pas des navets) mais elles mettent ces qualités au service de l’ « amour », tandis que l’homme doté de plus de grandeur, les met au service d’un idéal (sauver le monde, sauver sa peau, monter sur le trône, asservir un peuple, secourir un peuple, devenir riche, être reconnu par ses pairs et passer du statut de pouilleux à celui de guerrier et j’en passe et des pas meilleures). Parfois, lui aussi utilise ses dons pour secourir son aimée. Mais là, le plus souvent, la fille est une splendide potiche (schéma typique : Link et Zelda ou bien les chevaliers du Zodiaques et la princesse Athéna).

Autre cas de figure non moins irritant : la femme forte et le bénêt. Le bénêt devenant le plus fort pour sauver sa belle. Prenons un manga pour exemple cette fois-ci : Kekkaishi (je m’arrête bien vite sur les mangas car sinon j’en ai pour la journée tant il y en a) où Yoshimori s’entraîne pour être capable de rembourser sa dette à Tokine. Et puis citons un livre aussi pour bien montrer que c’est presque universel : Druss la légende de David Gemmel. Regnak, le lâche, change radicalement dès qu’il rencontre Virae, la féroce guerrière, et elle prend tout de suite la seconde place. Oui, chez Gemmel comme chez beaucoup d’autres, les femmes sont fortes : elles ont de très beaux seconds rôles.

En fait, ces schémas sont profondément ancrés dans les modes de pensées des auteurs. Souvent, quand une caste féminine maîtrise un pouvoir particulier, on nous explique que les hommes en sont exclus car lorsqu’ils utilisent le même genre de compétences, ils deviennent trop puissants pour leur propre bien et celui de leur entourage. C’est le cas des Inquisiteurs dans L’épée de Vérité de Terry Goodkind et des Claymores dans le manga de Norihiro Yagi (Zut encore un manga).
Parfois, il y a de quoi rentrer chez soi et faire son tricot, euh… je veux dire : tresser une corde pour se pendre.

 

Une bibliothèque féministe
Ou alors on peut faire de la « discrimination positive » et ne lire plus que des romans écrits par des femmes. Je souhaite la bienvenue dans ma bibliothèque à Robin Hobb ou encore Irène Radford. Dans les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb nous montre une Althéa solide qui fait passer son idéal avant le bon et merveilleux Brashen qui pour le coup se retrouve assistant dans la quête de sa belle. Quant à Irène Radford, dans les Descendants de Merlin, elle présente une Wren qui elle aussi, agit avant tout pour ses convictions.

Ce serait de la mauvaise foi que de dire que les auteurs masculins sont tous des machos qui donnent des seconds rôles à leurs protagonistes féminines. De fait, ils ont plus tendance à décrire un héro de leur sexe, tout comme j’aurais plus tendance, si j’écrivais un roman, à choisir une héroïne. Mais en règle générale, -est-ce parce que les premiers romans de Fantasy ont été écrits par des hommes quand la société était encore très patriarcale?- même les écrivaines choisissent souvent des héros masculins : Harry Potter pour JK Rowling, Fitz pour Robin Hobb dans l’Assassin Royal, les frères Elric dans le manga Full Metal Alchemist d’Hiromu Arakawa.

Parlons d’elle justement… Parfois les auteurs même féminines, et même quand elles montrent des femmes fortes comme personnages, reproduisent des schémas pas très avantageux. Dans Full Metal Alchemist, Risa Hawkaye met tout son talent au service de Roy au point qu’elle devient incompétente lorsqu’elle le croit mort (mais elle est capable de menacer la vie du dit-monsieur pour qu’il continue de se battre pour ses objectifs). Quant à Winry Rockbell, elle attend gentiment le retour d’Edward en préparant une tarte aux pommes… Izumi Curtis est balèze mais crache du sang à tout bout de champ (ce qui n’est pas terrible en situation de combat). Je reste une inconditionnelle de ce manga malgré tout. Surtout que la première adaptation en anime peut laisser penser que Hiromu Arakawa valorise trop les femmes au goût des réalisateurs de shonens. En effet, alors que dans le manga Winry part se perfectionner en mécanique chez un maître en la matière, dans l’anime elle renonce car elle doit prendre soin de sa grand-mère (quelle petite fille indigne franchement d’aller apprendre le métier de ses rêves et de laisser sa très capable grand-mère se débrouiller toute seule).

Bref, les stéréotypes ont la vie dure. Toutefois, j’ôte mon chapeau devant des Serge Brussolo (et sa Peggye Sue), des Philip Pullman (et sa Lyra ou sa Sally Lockart), et d’autres encore. Je pourrais faire pareil pour Pierre Bottero et son Ewilan mais j’aime pas ce bouquin. Heureusement, certains auteurs, même masculins, ont des héroïnes d’envergure. Donc non, pas besoin de se cantonner aux romans écrits par des auteures pour ne pas réduire sa bibliothèque en cendres/miettes/morceaux (rayez les mentions inutiles selon vos tendances destructrices). C’est peut-être surtout une question d’époque, les livres présentant des personnages féminins valeureux sont de plus en plus fréquents et les autres se font maintenant un peu vieux.