Archives de Tag: jeunesse éternelle

Rollback de Robert J. Sawyer

Une fontaine de jouvence trop idéale

L’idée était pourtant alléchante. Sarah Halifax, soixante ans de mariage avec Don, mère de deux enfants, est une scientifique mondialement reconnue. Elle a réussi à décrypter le message extraterrestre que les Dracons avaient adressé à la Terre et elle s’est aussi chargée de  renvoyer une réponse à l’expéditeur. Mais les Dracons vivent à des années lumières de la planète bleue et la transmission prend du temps. Quand enfin leur réponse revient, c’est certain, Sarah est devenue trop âgée pour décrypter le nouveau code. Sauf, si un millionnaire lui offre un Rollback, un retour à l’âge de 25 ans. Hésitation, concertation… Finalement Sarah et Don, son mari, acceptent. Mais la providentielle proposition ne tient pas ses promesses. A cause d’un ancien cancer du sein, le rollback ne fonctionne pas sur Sarah. Seul Don profite d’un élan d’énergie renouvelée, du frais recouvrement de l’usage de ses muscles, de ses articulations, d’une nouvelle peau toute lisse et bien sûr d’une nouvelle libido. Pas besoin d’être devin pour imaginer ce qui va se passer. Nouvelle vie, nouveaux projets, et bien entendu, nouvelle compagne. Don commence à mener une double vie entre Sarah et Lenore.

Bienvenue aux pays des petits hommes roses

Pendant toute la première partie du roman, j’ai été hameçonnée par l’intrigue, attendant avec une délectation anticipée de voir le bel amour, le beau cadeau, la belle jeunesse, tout cela se dégrader subtilement puis sombrer dans le cauchemar. Eh ben c’est raté. Malgré quelques scènes et réflexions pertinentes sur l’impact d’un retour à la jeunesse pour un homme ordinaire, globalement l’auteur balaye d’un revers de mots ces négligeables inconvénients. Voir ses enfants mourir avant de passer soi-même de l’autre côté du miroir? Eh bien, le prix du Rollback, accessible pour l’instant qu’à quelques millionnaires, va bien finir par descendre! A 60 ans, les progénitures de Don pourront tout à fait se l’offrir (Belle confiance en l’avenir). Incompréhension des anciens copains? Rupture des relations sociales avec certains amis? Simple jalousie! (Bonne capacité à se remettre en question et à se montrer empathique avec ses proches). Retrouver du travail après 10 ans hors circuit? Ce n’est pas un problème quand on a de bonnes relations avec les extra-terrestres! (se passe de commentaire). Connaître de nouveau l’amour? Mais ne vous inquiétez surtout pas ! L’élue de votre coeur va vous draguer dès votre première sortie en ville et ni le rollback ni le mensonge ne l’empêcheront de retomber amoureusement dans vos bras sitôt le choc « quoi tu m’as menti? » passé (très rapidement d’ailleurs). Ha et puis bien sûr vous pouvez toujours revenir la voir quelques années après votre séparation, elle sera toujours célibataire malgré sa grande beauté et évidemment toujours heureuse de s’offrir à vous (de qui se moque-t-on?). Enfin si vous culpabilisez de tromper votre adorable et intelligente épouse, cessez de vous morfondre! Elle comprend tout à fait votre comportement et vous êtes déjà si merveilleux de continuer à vous occuper d’elle malgré votre nouvelle jeunesse et votre nouvelle amante. (Parce qu’elle même vous aurait lâché comme une vieille chaussette: argument imparable).

Bref, le développement de l’intrigue m’a énormément déçue. Pourtant l’écriture est fluide et m’a tenue en haleine jusqu’à la fin. Jusqu’à un certain point, je croyais lire un roman qui resterait parmi mes favoris. Pauvre niaise. Ce livre est un bel hommage à l’immortalité qui est vue comme une splendide opportunité. On ne regarde pas plus loin que le bout de son nez. En revanche, certains aspects développés dans le roman m’ont énormément plu. Je pense aux réflexions de Don et de Sarah sur les messages des extra-terrestres. Comment communiquer avec des êtres complètement différents dont vous ne pouvez pas même imaginer le langage? Par les mathématiques pardieu! Le cheminement du décodage m’a passionné tout comme les réflexions qui s’en suivent. Même si bon, je ne suis pas sûre que l’on puisse dire que les mathématiques sont universelles. Après tout, Descartes remettait en cause la formule « 2 et 2 font 5 » considérant que ce n’était valable que dans l’esprit mais que l’on ne pouvait pas affirmer que c’était exact dans la réalité (je crois que c’est quelque chose comme ça). Robert J. Sawyer m’a donc menée à la baguette dans un roman passionnant au début mais qui n’évolue pas dans la direction que j’espérais.