Archives de Tag: manga

Vive le fanzine !

J’ai envie de parler de fanzines 🙂 En voilà quelques specimens.

No-Xice

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J’ai découvert celle-ci il y a bien longtemps, au hasard d’une convention manga. Je pense que c’était la Japan Expo ou la Chibi Japan. Bref, en tout cas ça date car je n’ai fait des conventions manga qu’en 2006 – 2007.

No Xice se fout royalement de la gueule des clichés des différents genres de manga. C’est drôle, bien écrit. J’ai le numéro sur les bastons et c’est jouissif 😀 Il s’en prend directement aux pires vices du shonen (mangas pour jeunes garçons).

(Pour rappel : les classifications manga, si vous voulez mon avis, ça pue => https://sansfarine.wordpress.com/2011/03/13/de-la-stupidite-de-la-classification-shonenshojo/)

On a donc droit à des articles tordants qui décrivent le processus d’un combat : de la technique d’intimidation à la baston, en passant par les préliminaires (justification de l’attaque et autres blablas), des envolées qui raillent les attaques ridicules, les mangas mal fichus (c’est tellement bon de voir Naruto (pardon, Marsouin) se faire dézinguer en bonne et due forme). Les auteurs se sont aussi pris au jeu d’inventer des tournois entre des personnages de différentes oeuvres. En résumé, No-Xice est un bon fanzine bien fendard ! 🙂

Il a un site internet : www.noxice.com/

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Le sommet des Dieux de Jiro Taniguchi

A l’assaut de l’Everest !

Taniguchi, merveilleux Taniguchi ! Je ne sais pas comment j’ai fait pour bouffer du manga pendant une bonne partie de mon adolescence, et passer pendant tant d’années à côté de ce dieu du manga ! Heureusement, un ami m’a fait réintégrer le droit chemin en m’offrant les deux premiers tomes du Sommet des dieux.

Et, là : panorama ❤ :

Jaquette SDD 05.pdf

sommet

Des dessins à couper le souffle ! (Bon, je n’arrive pas à prendre des photos du manga avec mon appareil et les planches chopées sur le net ne rendent pas hommage au magnifique travail de détail effectué sur les paysages de montagnes). Que vous soyez passionnés d’alpinisme ou non, ce manga vous transporte sur le toit du monde, en Asie centrale. Observez les héros s’équiper pour d’impressionnantes aventures, et pénétrez au Népal.

Deux histoires sont imbriquées dans le Sommet  des Dieux. La première est la recherche de l’appareil photo d’un certain George Mallory par Fukamachi, un jeune journaliste. Mallory est un jeune britannique parti en 1924 à l’assaut de l’Everest avec son compagnon Andrew Irvine. J’avoue que je n’avais entendu parler de lui avant de lire ce manga mais il aurait atteint le sommet avant ceux qui ont réalisé officiellement cet exploit et dont les noms sont entrés dans l’histoire: Edmund Hillary et Tensing Norgay, en 1953. Mais Mallory et Irvine n’auraient-ils pas été les premiers à accomplir cette prouesse ? Difficile à dire, car ils n’en sont jamais revenus. Seul l’appareil photo de Mallory pourrait résoudre ce mystère. Pour Fukamachi, la piste du Kodak est donc d’une importance capitale.

Dans sa quête, il rencontre Habu (deuxième histoire imbriquée) un alpiniste taciturne mais passionné, qui n’a qu’une seule idée : atteindre le sommet de l’Everest par un chemin qui n’a jamais été réussi. Vous comprendrez sans peine que si cette voie n’a pas été plus explorée, c’est qu’elle est dangereuse. Qu’à cela ne tienne. Habu aime le danger. Il ira, par la face Nord, sans oxygène, et en hiver en plus, histoire de corser un peu le défi (sinon c’est pas drôle). Vous l’aurez compris, le héros est un taré. Et bougon avec ça ! Mais malgré son côté antipathique, il est très attachant et on le suit avec joie dans son entreprise.

Bref, le sommet des Dieux est un petit bijou. Les dessins de Taniguchi sont à mourir tant ils sont beaux. Amis de la montagne, ce manga est pour vous ! Moi il m’a donné envie de lire Premier de cordée, de Roger Frison Roche. Encore faut il que je finisse La Piste oubliée, dont je n’ai lu que le premier livre !

En restant dans le thème, je ne peux m’empêcher de vous parler d’une acquisition que j’ai faite cette année et qui me fait briller les yeux :

exploAvec des correspondance d’explorateurs, leurs ressentis, leurs errances, leurs aventures, leurs difficultés… Des dessins d’époque, des photos, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Un petit peu de musique pour se détendre : (aucun rapport)


X1999 de CLAMP

Fin du monde et considérations écologiques

manga publié en 1992. 18 tomes parus. Série pas terminée à ce jour.

Le passage à l’an 2000 a suscité de nombreuses craintes en son temps. Fin du monde? Recommencement? Apocalypse? Les quatre mangakas du studio Clamp n’ont pas attendu que ces hypothèses farfelues arrivent sur le devant de la scène médiatique pour s’engouffrer dans la brèche. En 1992, elles commencent à publier la série.
La trame de départ est simple. Kamui, un jeune homme de 16 ans, revient à Tokyo après l’avoir quitté en déménageant avec sa mère quand il était enfant. Il recroise les chemins de ses amis de cette époque : la jolie et fragile Kotori ainsi que son grand frère : le grand, fort et attentionné Fuma. Mais ces retrouvailles ne se déroulent pas dans l’ambiance joyeuse et insouciante qu’elles devraient. La menace de la fin du monde pèse sur les épaules de Kamui qui doit faire un « Choix ». C’est ce que lui répète la princesse et devineresse Hinoto qui rêve dans son sous-sol quand elle ne conseille pas les politiques et les grands de la ville, mais aussi nombre d’étranges personnages qui se proposent d’accompagner le jeune homme ou de le combattre.
Quel est la teneur exacte de ce choix? Les indices sont flous jusqu’à la décision de Kamui qui remet beaucoup d’éléments à leur place.

Mettre le lecteur face à des dilemmes
Les huit premiers tomes, servis par de très beaux artworks qui n’iront qu’en s’améliorant et qui présentent le globe terrestre avec une aura toute onirique, multiplient les flashbacks et les anticipations. Les scènes se mélangent pour montrer des aperçus des futurs possibles (voire différentes interprétations du passé). Cet avenir ne sera pas décidé tant que Kamui n’aura pas fait son « choix ». Les Clamps passent à côté d’un manichéisme facile et mettent le lecteur face à un vrai dilemme sur fond de perspectives écologiques. Vaut-il mieux sauver la Terre, sachant qu’à terme, le comportement des humains, qui déciment les forêts, polluent, accumulent les déchets, la détruira définitivement? Peut-on faire confiance aux hommes pour réparer les dégats et s’engager dans une autre direction? Ou faut-il être réaliste et orchestrer dès à présent l’apocalypse, décimer la société humaine pour que la Terre puisse renaître avant qu’il ne soit trop tard?
Même une fois que Kamui a fait son choix, le lecteur ne peut prétendre avoir fait le sien. Dans X1999, la logique, implacable, reste du côté des « méchants ». Quand Yuzuhira doit donner une réponse à la question « Pourquoi ne faut-il pas tuer les humains? », on se trouve aussi muet qu’elle. Les hommes ne sont pas bons avec les autres êtres vivants, pourquoi l’être avec eux? La solution qui est ensuite avancée peut être aisément balayée par d’autres arguments. Finalement, les CLAMPs renversent la morale. Les bonnes actions sont guidées par l’égoïsme. C’est parce que ça me fait mal de te voir souffrir que je veux te protéger. Le sentiment personnel domine toutes les autres considérations.

Du sang! Des larmes et du sentiment!
Pour ceux que ces réflexions quasi philosophiques ennuient, pas de panique. Le tome huit rassemble enfin les lecteurs perdus et donne le départ au réel développement de l’histoire. Dès lors, les combats s’enchaînent. C’en est presque fini des visions oniriques incompréhensibles. Mais malgré les batailles avec force démonstrations de pouvoirs fantasmagoriques, on est loin du shonen. Le sentiment pointe son nez derrière chaque planche. Le déchainement de violence (avec crevage d’oeil, démembrement, et trainées de sang sur les corps meurtris) s’accompagne d’un flot d’émotions. Parfois, je me demande si je ne devrais pas reprocher aux CLAMP de tomber dans le sensationnalisme complaisant comme je le fais avec d’autres mangas, mais je ne peux m’y résoudre. Sans trop savoir pourquoi, car les ingrédients ne diffèrent pas. On pardonne vite à ce qu’on aime.

Chef d’oeuvre de Clamp, X1999 est une série aujourd’hui arrêtée, mais pas terminée. 21 tomes étaient prévus et la saga devait se clore en décembre 1999. Les mangakas n’ont pas su tenir leurs délais. Le tome 18 est sorti en 2003 au Japon et la suite se fait toujours attendre bien que les quatre dessinatrices publient régulièrement de nouvelles séries. X1999 est un manga réussi mais les CLAMPs avaient-elles besoin, pour lui donner plus de grandeur, de le laisser inachevé?

Ajout : Pendant un temps de nombreuses rumeurs semblaient laisser entendre que les auteures étaient en procès avec l’éditeur de la série à cause de l’ultra-violence du manga. Aujourd’hui, la page wikipédia française évoque une décision de suspendre la série motivée par le contexte et certains débats sociaux au Japon.


Aimez-vous Tokyo?

Tokyo Babylon, ésotérisme et chronique sociale

manga publié entre 1990 et 1993

Subaru Suméragi, le tragique héros de la série

Peinture de la société tokyoite

Aimez-vous Tokyo? La façon dont est posée cette simple question en blanc sur un lourd fond noir donne le ton. On sent déjà que bizarrement il faut répondre par la négative. Ce n’est pas la question d’un touriste à un touriste ou d’un japonais à un étranger, c’est la question d’un japonais à un japonais. A l’époque où elles dessinent ce manga, les CLAMP vivent à Tokyo. A travers cette série fantastique, elles donnent une vision de l’intérieur d’une ville qui attire l’extérieur par ses lumières, ses néons et ses promesses. Les CLAMP montrent une autre face derrière l’éblouissement que peut produire à première vue la grande mégalopole.

Visages de tokyoites

Les personnages de Tokyo Babylon ont en commun un statut de victime. On aborde peu le cas des bourreaux, ou seulement ceux qui ont le double statut (la mère de famille dans l’histoire du grand-père («  OLD » chap.6), la mère vengeuresse de la petite fille tuée par un pédophile ( « CRIME » chap.4). Ces personnages ont été des victimes avant de devenir des bourreaux. La mère de famille dans « OLD » est d’abord victime de ses problèmes financiers. Les CLAMP dénoncent la misère dans la grande mégalopole de Tokyo. Elle finit victime de la mort de son père et de son sentiment de culpabilité. Quant à la mère dans « CRIME », elle est victime du criminel qui a détruit sa famille. Elle n’a pas le temps de devenir un bourreau, Subaru la sauve d’elle-même. La mère de Yuya dans « REBIRTH » (chap.8) appartient à la même catégorie de personages. C’est sa détresse qui la conduit à agresser Seichro. On trouve un écho à ces exemples à la fin du manga avec les mots de la petite fille dans l’annexe « START » : « Peut-être que tous les gens qui font mal sont tristes ».

Dépasser son malheur et continuer à vivre.

Les personnages que doit sauver Subaru sont rongés par une misère réelle qui devient une misère mentale. Parmi la panoplie de personnages, une femme qui s’est suicidée lorsqu’elle a compris que son amant ne quitterait pas sa femme pour elle, une jeune fille violée, une immigrée rejettée, un enfant malade qui voit sa mère peinte comme une criminelle par les médias, une jeune fille battue par ses camarades, un aveugle qui subit les brimades d’une société qui ne s’adapte pas à son handicap, etc. Les thèmes sont variés. En sept tomes, les CLAMP touchent à un grand nombre de sujets. Elles les traitent par le biais de Subaru. Il est le pinceau qui leur permet de dessiner toutes ces situations. Par son caractère attentionné et par sa compassion, il donne à écouter la détresse des personnages. Il les fait parler, se confier. Enfin, il donne sa propre interpretation. C’est là qu’intervient la morale de toutes ces histoires : continuer à vivre, continuer d’avancer pour ne pas faire de mal à ses proches. A Mitsuki, Subaru dit : « Je t’en prie pour ceux qui t’aiment et t’attendent, réveille toi! ». Même scénario avec Kuniko Hashimoto. Dans « SAVE » (chap.5), à la fin, elle décide de « devenir forte ». Elle prend du recul par rapport à sa situation pour la dépasser : « ça ne sert à rien d’être un souffre-douleur, il ne faut pas rester là à subir la situation ». La force de Tokyo Babylon est de ne pas s’apitoyer excessivement sur les personnages en leur renvoyant leur propre égoïsme (le cas de la jeune fille violée qui refuse de se reveiller, la mère qui a perdu son enfant et désire se venger) ou leurs erreurs (Kuniko Hashimoto ne s’est pas défendue) sans pour autant les juger. Ceux qui jugent sont dépréciés comme la gourou de la secte dans « SAVE » ou encore les commères de « REVE ». Car une des idée forte du manga est que chacun vit son malheur à sa façon et que l’on ne peut comprendre la souffrance des autres.

Des histoires de morts pour sauver les vivants
Subaru Suméragi est un exorciste. On pense donc à première vue que l’on va s’attarder sur les malheurs des morts. Dans le premier tome, c’est en effet ce qu’il se passe. Le jeune garçon intervient sur des fantômes pour leur redonner la paix. Mais en réalité son métier n’est pas de soigner les peines des morts mais de préserver les vivants. En apaisant un fantôme, Subaru permet au spectre de quitter l’endroit qu’il hante et donc libère le lieu pour les tokyoïtes encore en vie. C’est clairement perceptible dans « CRIME ». Pour sauver la mère de l’enfant morte assassinée, Subaru abandonne la gamine. Il ment prétendant qu’elle désire que sa mère abandonne des desseins vengeurs pour ne pas devenir une meurtrière et ne pas payer le prix qui accompagne l’utilisation des malédictions. En réalité, l’enfant n’a pas trouvé la paix et souhaite aussi frapper mortellement celui qui l’a faite souffrir. A chaque moment de l’histoire, les vivants passent avant les morts

Des thèmes sociaux sont abordés comme l'immigration.

Des faits de société traités avec sensibilité.
Les CLAMP ne se préoccupent pas des causes sociologiques ou économiques des problèmes de société qu’elles abordent. Elles se sont inspirés de ce qu’elles voient tous les jours dans la vie et par le biais des médias mais ne les traite pas comme ces derniers. Sans rentrer dans une logique de débat public, elles ont choisi de montrer le versant humain de ces problèmes de société. Pas d’analyse pointue du sujet mais une esquisse faite avec la loupe de la sensibilité. Elles donnent leur propre regard sur différents thèmes en insistant sur la souffrance humaine. Leur credo: un humain ne doit pas en faire souffrir un autre. Le tome deux l’affirme explicitement par la bouche de Mitsuki : « Un être humain a t-il le droit de détruire comme ça le bohneur des autres. Non! Personne n’a le droit de changer comme ça le bonheur, l’avenir des autres » (chap.2 « REVE »). Et ce même si toutes ces histoires tendent à montrer qu’ « un être humain qui en trahit un autre, c’est le genre de chose qui arrive chaque jour au détour des rues de Tokyo » (chap.11 « END »). Toutefois, les auteurs dépassent le stade de l’apitoyement en parlant d’espoir et du courage d’avancer malgré le malheur. Le lecteur ne voit jamais cet « après ». Il ne sait pas si les personnages finissent réellement par s’en sortir ce qui donne tout son poids réaliste et sombre au manga. La plupart des personnages ne sont que de passage. Ce sont les rencontres de Subaru à un moment donné. On ne peint qu’un instant de leur vie.

Le mauvais point:
Stéréotypes de la faiblesse

Si les personnages semblent dépasser le simple stéréotype de leur situation grâce à la sensibilité personelle des CLAMP, en revanche on n’échappe pas au stéréotype de la faiblesse. Les personnages qui sont comme on l’a dit des victimes sont des femmes et des jeunes filles. Les figures masculines sont des enfants, des veillards, ou des handicapés. Dommage, j’aurais aimé voir un businessman à qui tout semble réussir plonger dans l’alcoolisme, ou simplement un homme ordinaire en détresse. Cela dit, je nuance mon propos. Les CLAMP ont voulu traiter les exclus de la société. Mais pourquoi l’écolière battue par ses camarades n’aurait pu être un écolier? Et la jeune immigrée un immigré? Petite tâche d’ombre dans cette oeuvre que je trouve tout de même plus qu’intéressante et que simplement digne d’attention.