Archives de Tag: politique

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

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On prend la mer et on navigue dans les eaux troubles de la real politik. Jean-Philippe Jaworski nous entraîne avec Gagner la guerre dans une aventure pleine de jeux de dupes, de diplomatie, de revers et de négociations secrètes. Une intrigue digne des guerres italiennes du XVe et XVIe siècle. J’esquisse un parallèle car tout du long, ce roman m’a donné envie de relire Le Prince de Machiavel.

Résumé : « Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon… »

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Ravages d’Anne Rambach

Plongée dans le scandale de l’amiante

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Des milliers de travailleurs ont mis la main dans l’amiante. Le matériau a servi dans les bâtiments, pour les ignifuger, il a aussi été tissé pour fabriquer des vêtements, mis à profit pour les plaquettes de freins, aux dépends des ouvriers et parfois de leur entourage. L’amiante leur a provoqué des cancers du poumon et d’autres maladies respiratoires.

Dans Ravages, Anne Rambach raconte ce scandale, sur une industrie qui n’a pas protégé ni informé ses employés sur les risques qu’ils encouraient. Elle reprend les axes majeurs de cette affaire, les fait mijoter, pour les ré-assembler dans un thriller.

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Les Dépossédés d’Ursula Le Guin

Capitalisme et socialisme passés au crible

Un ouvrage qui commence comme une utopie. Ou une dystopie, on ne sait pas trop. Les Dépossédés, décrit deux mondes qui s’opposent. D’un côté Urras, où règne le capitalisme poussé à son extrême. Une minorité de riches oppriment une majorité de démunis. Enfermée dans leur bulle assoiffée de progrès, ils n’y pensent même pas, comme aveugles envers ceux qui font tenir et perdurer leur majestueuse société imprimée de luxe. De l’autre côté, Anarres, planète désertique, aride, où les habitants vivent dans une pauvreté semble-t-il assez heureuse. Tout se partage, rien ne se possède. Même le langage est conçu pour coller à leur philosophie de vie : l’abolition de la possession.

A la base, Anarres est née d’Urras. Odo, une Urastie, a mené des années auparavant une révolution pour donner naissance à son utopie. Elle y sacrifiera sa vie mais sera exaucée. Anarres est bâtie suivant ses principes et ses écrits.

Dans ce roman, Ursula Le Guin nous entraîne sur les pas du physicien Shevek. Anarresti, défenseur de la philosophie d’Odo, il ressent pourtant les limites de la société à laquelle il appartient. Sur Urras, la physique, dotée de plus de moyens, se développe plus librement et sans contraintes. Coincé par les limites de son monde, Shevek prend alors une décision complètement à contre-courant de la pensée rigide d’Anarres, qui tient à rester scrupuleusement enfermée sur elle-même, et il se rend sur Urras.

Un tableau tout en nuances

C’est donc une comparaison entre les deux mondes qu’Ursula Le Guin va développer à travers son héros. Et elle s’acquitte de cette tâche avec brio. Même si on devine sans peine pour quel monde son cœur balance, elle dresse un portrait égal des avantages et des inconvénients de ses deux modèles. Urras est certes indifférente voire violente envers ses pauvres,  elle méprise les femmes tout en les choyant avec condescendance, mais c’est aussi un monde de splendeurs. On y érige des monuments grandioses. Architecture, Art, Science, les plus belles œuvres humaines y prolifèrent : Urras est capable du pire et du meilleur.

De l’autre côté, Anarres ne paye pas de mine. Pas d’ornements formidables, en fait, pas d’ornement du tout. Ce n’est pas la richesse qui compte : c’est la solidarité et le travail. On trouve une certaine joie de vivre chez ses habitants conscients de leur égalité et qui oeuvrent chaque jour à faire fonctionner leur société. Mais on en vient à se demander s’ils ne s’esclavagent pas eux-mêmes. Le travail doit obligatoirement être une joie, il faut s’impliquer sans compter, être heureux de participer à la persistance du groupe. Ce devoir qui se veut un plaisir sépare parfois les familles – comme le capitalisme le fait de temps en temps chez nous – obligeant les différents membres à vivre séparément selon les besoins de main-d’œuvre.

Deux planètes, une histoire. On se perdrait presque dans les allers-retours que Shevek enchaîne pour raconter son expérience. Mais le personnage fil conducteur de la réflexion est attachant. Comme sa compagne, Takver. On se prend au jeu. Ursula Le Guin réussit bien à enrober sa réflexion dans une histoire où l’ intrigue n’est certes pas trépidante, mais où l’on plonge sans se lasser.


Le droit à l’avortement est-il garanti en Europe?

Carte du journal le Monde Diplomatique

Petit point sur le Royaume Uni et la France

En Europe, le droit à l’avortement est un acquis n’est-ce-pas? Certes quelques associations « pro-vie » ou intégristes demandent son abrogation, mais ça ne va pas plus loin? A la lumière de quelques faits récents, on peut toutefois se poser la question.

Des avortements clandestins au Royaume Uni

Ce n’est pas si courant, mais ça existe. Le mois dernier, dans le Daily Mail du 5 mars, je lisais que des pilules abortives étaient vendues illégalement par internet et dans certaines pharmacies. Pour 15 livres sterling (un peu plus de 15 euros), des femmes achètent ces médicaments qu’elles prennent sans consulter de médecins. Mais comme l’on peut s’y attendre, la pilule magique a des effets secondaires. Elle provoque parfois des saignements, des infections voire la mort (rare : deux cas avérés depuis 1991). Alors qu’est-ce qui pousse ces jeunes femmes à utiliser un tel moyen au lieu d’une intervention effectuée dans de rassurantes conditions sanitaires ? Selon le Daily Mail, la réponse est la crainte de certaines jeunes adolescentes face à la réaction des adultes mais aussi le prix d’un avortement légal. S’il est fait dans un établissement privé, il coûte aux environs de 500 livres sterling. Le National Health Service (service de santé publique au Royaume Uni) propose l’avortement gratuitement mais il faut les attestations de deux médecins, attendre 2 à 4 semaines et dans certains régions, le manque de moyens complique gravement les procédures (voir Home Health UK et surtout le cet article du Monde Diplomatique).

Selon le planning familial qui dresse un comparatif des différents pays d’Europe, le prix au Royaume Uni est entre 750 et 1700 euros mais il est parfois payé par l’Etat ou la femme. En France, le prix est compris entre 190 et 274 euros. Mais il est remboursé à 80% par la sécurité sociale. Est-ce à dire que la situation est meilleure en France? Pas forcément.

Fermeture de centres d’IVG en France

Le 6 novembre dernier, le planning familial, l’ANCIC et la CADAC organisaient une manifestation pour le droit à l’avortement. On croirait à un anachronisme. Et pourtant, la loi Bachelot (Hôpital, Patients, Santé et Territoires) qui implique la fermeture d’hôpitaux de proximité, compromet sérieusement la survie de certains centres d’IVG. Le principe est de regrouper les services qui ne pratiquent pas assez d’actes chirurgicaux afin de réduire les coûts. A Paris, celui de Tenon a ainsi fermé en 2009 (mais sa réouverture est désormais prévue) et d’autres sont concernés comme Broussai et Saint-Antoine. Résultat? Les hôpitaux qui pratiquent encore les IVGs sont très sollicités, les temps d’attentes augmentent et certains femmes se voient dépasser le délai de 12 semaines pour l’avortement légal. Plus d’autre choix que se faire opérer à l’étranger: au Royaume Uni, en Suisse ou au Pays Bas. Une solution qui n’est pas envisageable pour tous les budgets.

A noter que dans l’Union Européenne, quatre pays ne légalisent pas l’avortement : l’Irlande, la Pologne, Malte et Chypre.

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L’assassin royal de Robin Hobb

De la diplomatie royale

roman publié en 1995

Un château fort habité par un Roi qui gère six duchés, des Princes en concurrence pour le pouvoir, des noms euh… pas si communs (Dame Patience, Prince Vérité, Roi Subtil). Et puis au centre de ce joyeux contexte politique, le fils illégitime du Prince Chevalerie. Comme sa famille, il est doté d’un prénom qui caractérise sa personne : Fitz, ce qui signifie « batard ». A ses six ans, quand le père qu’il n’a jamais connu décède, le Roi fait amener l’enfant au siège du pouvoir royal : Castelcerf. Mais cet accueil de Fitz au château n’est pas gratuit. Hors de question d’en faire le futur héritier au trône. Le voilà promu assassin du Roi. Dès son plus jeune âge, le héros est formé par un vieil homme agile, Umbre, aux arts clandestins du vol, de l’espionnage et du meurtre. Ils ont juré de servir le Roi Subtil qui ne se prive pas de faire appel à eux dès qu’il estime que la diplomatie ne suffit pas à régler un problème. Dans les Six Duchés, la politique n’est pas souvent sans tâches.

Un monde en perpetuel développement

On entre petit à petit dans l’univers de Robin Hobb pour découvrir qu’il n’en finit jamais de s’enrichir. Les différentes formes de magie (l’Art et le Vif), sont si bien intégrées dans le récit qu’elles paraissent plutôt être des arts, un peu comme la peinture ou la musique, qui nécessitent du talent et de la pratique mais restent toujours difficiles à appréhender entièrement. A chaque début de chapitre, un texte en italique relate un évènement de l’Histoire des Six Duchés, ou théorise la pratique d’un talent. On a soudain l’impression de tenir entre ses mains un livre de la bibliothèque de Castelcerf que l’on repose à la fin du paragraphe, pour retrouver la plume de Robin Hobb. Ces passages ne sont jamais complètement déconnectés de l’intrigue et y apportent un éclairage différent, avec plus de recul que l’omni-présent Fitz.

Car le premier chapitre de « l’apprenti assassin » donne le ton. C’est bien le héros de l’histoire qui écrit et raconte ses aventures : une autobiographie fictive en somme. Fitz, assassin, aurait pu être un anti-héro mais il déborde d’empathie. Impulsif, spontané, renfermé, solitaire, à la fois honnête et menteur, Robin Hobb nous décrit un personnage tout en nuances qui mène le récit et qui commet de nombreuses erreurs. C’est là la force du livre, les rebondissements se succèdent mais la trame n’est pas prévisible. Hors de question de compter sur les qualités de Fitz, prompt à se fourvoyer, ni sur une chance opportune quand la situation est désespérée.

L’univers médiéval de Robin n’entre pas dans le cliché récurrent dans la Fantasy du monde des bardes et des chevaliers : l’auteur a réussi à créer un cadre très personnel. Elle invente à partir de formes simples et souvent éculées (guerriers, pirates, dragons), des personnages complexes et approffondis. Qui peut prétendre à la fin de la série avoir réellement réussi à cerner le Fou? Psychologie des protagonistes finement développée, univers complet, scénario bien ficelé : L’assassin royal mérite son statut désormais acquis de Best-seller.


La salamandre de Morris West

Petite incursion dans un échiquier de politique italienne.

roman publié en 1973


Le colonel Dante Alighieri Matucci, bien qu’homonyme d’un célèbre poète, travaille comme un agent plutôt banal du service de renseignements italien. Il mène une vie relativement réglée entre missions à toutes heures, recherche d’informations permanente et soirées agitées passées dans les bras des femmes. Quand une nuit, le Général Pantaleone décède d’un assassinat camouflé en suicide, l’affaire lui est confiée. Il commence à s’en charger, effectuant les formalités habituelles, mais très vite, il s’aperçoit que des enjeux plus graves se cachent derrière le simple attentat politique. C’est un coup d’état qui se prépare pour imposer un nouveau fascisme à l’Italie.

Tricher pour gagner

Dans un contexte politique instable, le pays oscillant entre extrème droite et extrème gauche, la menace est réelle. Dante, férocement opposé au totalitarisme de part son histoire personnelle ou plutôt celle de son père, s’investit dans l’enquête. Il s’intéresse à l’identité de celui qui se cache derrière le symbole stylisé d’une salamandre. Il déroule le fil jusqu’à s’apercevoir que son supérieur est étroitement mêlé à la conspiration. Or cet homme aguerri est un très fin adversaire. Dante Alighieri, qui en plus doit gérer une relation amoureuse avec une femme aussi fortement impliquée, se retrouve piègé dans une toile aux ramifications trop complexe pour lui. Il rencontre alors un étrange allié : un personnage puissant, à la fois loyal et duplice, qui a des relations dans tous les milieux. Homme de pouvoir expérimenté, il s’impose comme un collaborateur et un mentor. Entre coups d’échecs, de pokers, stratégies fines et actions spontanées, le roman entraîne son lecteur de péripéties en péripéties, même s’il manque peut-être de quelques coups de théâtre. On est plongé avec délectation dans un univers politique où l’église romaine est incontournable, la mémoire de la seconde guerre mondiale encore très sensible, les conflits d’intérêts, les alliances et les trahisons monnaies courantes, les histoires personnelles fortement sous-jacentes et où il faut être au moins un loup pour survivre.