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Le voile à l’école

 

Parce que Steve McCurry est juste un Dieu vivant, allez voir son blog <3 http://stevemccurry.com/blog

Parce que Steve McCurry est juste un Dieu vivant, allez voir son blog

Blog de  l’ineffable auteur de la photo : http://stevemccurry.com/blog

Quand le sujet du voile à l’école s’incruste dans une conversation, je suis toujours confrontée au même problème. Je me retrouve poussée dans le rang des anti laïcs et anti féministes. Je suis pourtant attachée à la laïcité, je me considère féministe, et je suis athée.

Toutefois, je suis pour l’autorisation du voile à l’école.

1 – parce que je pense qu’une fille qui porte le voile( je pense au foulard, pas à la burka ou au niqab) n’est pas nécessairement forcée par sa famille. Je suis même persuadée qu’elle peut être féministe et simplement vouloir montrer sa culture, face à l’islamophobie ambiante.

2 – Parce que dans le cas où la jeune fille est forcée par sa famille, l’effet de la loi est simplement de l’exclure et de la condamner à ne pas pouvoir profiter de l’école publique. Elle risque d’être envoyée dans une école privée coranique, cloitrée à la maison parce que les espaces publiques français ne veulent pas d’elle, que sais-je encore. C’est donc contreproductif.

On m’assène toujours :  » C’est de l’oppression contre les femmes ! »

Mon premier argument est toujours de dire : « je connais des filles voilées qui sont féministes »

De fait, j’en connaissais deux au lycée. Une qui était une amie d’une amie. Une autre qui était hyper intelligente, qui déchirait tout en philo et que j’admirais beaucoup.

Breeeeef, tout ça pour dire, ce ne sont pas vraiment des amies, mais des connaissances du passé.

Du coup, vu que je ne les fréquente plus, ça doit sonner un peu bancal car je me prends invariablement la même réponse.  » On ne peut pas être voilée et féministe » ou  » j’en doute fort ».

Mes « bah si…. », mes exemples, ma mention des foulards coquets avec pleins de motifs colorés, se diluent devant un mur de scepticisme déconcertant. Et je ne suis pas assez calée pour débattre, en tout cas j’arrive jamais à convaincre quiconque puisque le mur de scepticisme me fait des gros yeux qui savent tout et qui grognent « tais-toi-tu-sais-pas ».

Alors voilà, merci, MERCI, le monde diplo qui explique point par point, de façon documentée, claire et logique, la pensée que j’essaye généralement d’exprimer.

Le lien vers l’article est ici et j’en conseille vivement la lecture ! ❤

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/02/TEVANIAN/10890

Pour finir, j’aimerais parler d’une expérience en Angleterre. J’ai été assistante de français dans un lycée public et catho (le hasard, j’ai pas choisi). J’avais des élèves de toutes les religions, dont une fille voilée. Autant vous dire qu’elle semblait libre de ses pensées, qu’elle était ouverte et très intelligente. D’ailleurs, elle le savait et en profitait pour ne pas trop bosser.  x)

J’ai été surprise par la laïcité dans ce lycée, vécue totalement différemment qu’en France. Les symboles religieux étaient autorisés et coexistaient. C’était beaucoup moins rigide qu’ici, et les élèves semblaient accoutumés  aux symboles religieux de chacun. Je n’ai pas senti de tensions. (Mais je n’étais peut être pas assez proche pour m’en apercevoir)

(ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de racisme et d’islamophobie dans le pays… Ma colloc galloise avait des préjugés à faire pleurer, contre les pakistanais :()

Voilà, encore merci le Monde diplo ❤

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BD : deux enquêtes dans le passé

J’ai lu pas mal de BD ces derniers temps (notamment parce que j’ai fait une véritable razzia à la médiathèque) et j’ai bien envie de les faire partager avec quelques chroniques. Mais quand je n’ai lu que le premier tome, je trouve difficile de parler d’une série. Je vous fais donc un billet pour introduire deux BD, dont je n’ai lu que le premier volume, et qui au final ont un point commun : ce sont des enquêtes dans le passé.

Notre mère la guerre de Maël et Kris

notre-mere-la-guerre

Première guerre mondiale, les soldats vont au front. Mais alors que les combats font rage, une jeune femme, serveuse dans un troquet, meurt assassinée. L’enquête est bâclée et un soldat avec qui elle avait eu une violente altercation est exécuté. Problème : un autre meurtre succède au premier. Un gendarme est donc dépêché pour mener une investigation. Mais alors que la mort injustifiée de leur camarade châtié à tort pèse sur le moral des soldats, sa tâche n’est pas aisée.

J’ai beaucoup aimé ce premier tome, emprunté grâce à un commentaire de Mokamilla. Les graphismes sont très beaux, comme pour Les Revenants, de Maël, le même dessinateur.

L’intrigue est un prétexte pour montrer d’autres aspects de la guerre : la camaraderie entre les soldats, les dissensions, les soldats qui font leur beurre avec des petits larcins à droit à gauche. L’histoire m’a tout de suite accrochée et je n’ai qu’une envie : suivre la suite de l’enquête.

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Science et religion dans FMA

Un scientifique qui transmute sa propre fille en chimère en la mixant avec son chien, des expériences menées sur des criminels à qui l’on retire leurs âmes, un fanatique religieux qui extermine les alchimistes et un État contrôlé par des êtres plus vraiment humains qui se disent l’évolution de l’Homme… Full Metal Alchemist présente un monde sans repères où la science semble avoir remplacé les anciennes religions et est devenue le nouveau Dieu. Cette science: c’est l’alchimie. Cette drôle de technique qui s’est aussi développée dans notre monde, au Moyen-âge, et qui visait principalement à transformer un métal en un autre, pour obtenir de l’or.

En décidant de se pencher sur cette forme de science, Hiromu Arakawa fait un choix qui n’est pas anodin. L’alchimie est considérée comme l’ancêtre de la chimie et elle a été pratiquée principalement au Moyen-âge et au début de l’époque moderne, c’est-à-dire en des temps où la science (comme l’éducation ou encore la politique) était indissociable du domaine du religieux. L’athéisme n’était pas encore une option, certains alchimistes étaient moines ou clercs, tous étaient croyants et avaient reçu une éducation religieuse. De ce fait, l’alchimie, au contraire de la science, est d’office assimilée à des images de superstition, de foi, ou d’occultisme. Cette association d’idée est même visible dans la littérature générale : dans Notre Dame de Paris de Victor Hugo, Frollo le prêtre fanatique, pratique l’alchimie dans le secret de son alcôve. En même temps, beaucoup d’alchimistes ont été condamnés par l’église comme hérétiques. Ainsi, tout au long de FMA, la vieille querelle entre science et religion ne cesse de se manifester.

Les deux camps s’opposent

D’un côté, le pays Amestris refuse de reconnaître les Ishbals et leur Dieu. Les dirigeants prônent un monde gouverné par la raison d’État et la raison du plus fort. La mécanique et l’alchimie sont encouragées. Il y a même des alchimistes d’état payés pour mettre leur talent au service de la nation. Quand ils ne sont pas militaires mais travaillent dans la recherche, ils doivent prouver chaque année leur utilité avec de nouvelles découvertes, afin de garder leur poste. Cette pression du progrès est notamment ce qui pousse Tucker à « mixer » sa fille avec son chien. De plus, certains politiques sont en fait des homonculus, créatures créées à partir d’expériences, et qui se considèrent comme « l’évolution de la race humaine », selon les propres dires de l’une d’entre eux. Forts, rapides et dotés de corps qui se régénèrent ainsi que de capacités particulières, ils semblent en effet plus aptes à diriger un État que l’humain moyen. Quant à ce qui relève du sentiment et de la sensibilité, c’est considéré comme largement négligeable. Seules les qualités quantifiables et utiles sont jugées désirables. Ce mode de pensée domine la gestion des affaires de l’État dans Amestris.

De l’autre côté, Hiromu Arakawa présente un peuple plus doux, attaché aux valeurs familiales et au culte de leur Dieu, Ishbala. Mais ces gens sont sacrifiés par Amestris. Trop faibles, refusant l’Alchimie dans une réaction clairement obscurantiste, ils ne donnent pas beaucoup de fil à retordre aux militaires envoyés pour les exterminer. Un passage marquant de FMA montre leur vulnérabilité par rapport à la rationalité d’Amestris. Quand le chef des Ishbals, qui se tient debout, pacifique comme Gandhi, objecte à King Bradley que Dieu ne pardonnera pas le mal qu’il leur fait, celui-là – avec une classe indéniable et un cynisme enrageant- lève les bras au ciel en lui répondant que leur Dieu n’a qu’à le frapper. Évidemment, rien ne se passe. La science vainc la superstition, en même temps l’État écrase une communauté perçue comme indésirable.

Dans ces quelques vignettes, Arakawa révèle au grand jour ce qui était latent auparavant. Derrière la guerre d’Ishbal, il y a un génocide ethnique mais aussi l’affrontement de deux visions du monde, dont l’une affirme sa supériorité sur l’autre.

Pour autant, Hiromu Arakawa privilégie-t-elle la religion à la science? Que nenni! Le manga commence en montrant la corruption d’un prêtre qui dupe ses citoyens avec de grands discours illuminés auxquels lui même ne croit pas un mot. De même, les ishbals ont une réaction obscurantiste face à l’alchimie qu’ils interdisent. Ses adeptes sont donc obligés de la pratiquer en secret et se retrouvent vite en marge de leur communauté et de leur famille. Grâce à cet aspect, l’auteur met aussi clairement en avant les contractions de la religion. Le plus passionné des fanatiques utilise cette science pour exterminer ceux qu’il considère comme des ennemis d’Ishbala. Et le Dieu qui est censé parler d’amour et de respect, se retrouve érigé en justification de meurtres sanglants. On fait dire n’importe quoi à une divinité.

Le gouvernement dans lequel évoluent nos héros apparaît vite corrompu, calculateur, sans scrupules, et violent. Le peuple lui ne se plaint pas et vit sa vie sans en subir de conséquences. De fait, le pays paraît paisible, riche et prospère. Le chef n’est pas un despote tyrannique qui maltraite ses citoyens mais on est tout de même dans une dictature militaire. Et elle se sert de la science pour arriver à ses fins.

Petit à petit, Hiromu Arakawa montre que ce n’est pas la science qui est mauvaise mais seulement la façon dont on s’en sert. En effet, certains alchimistes refusent de se mettre au service de l’État et préfèrent aider leurs voisins dans le village où ils vivent une vie de famille paisible. C’est le cas d’Izumi Curtis qui s’occupe de réparer les jouets des enfants, soigner les chats ou encore résoudre tranquillement une inondation en construisant, en un rien de temps, un barrage solide et imposant. Quand on sait de quoi elle est capable, on peut penser qu’elle perd son temps. D’autres, comme Roy Mustang, jouent le jeu de l’État mais pour s’en rendre maître et changer la société. Même nos héros se compromettent comme « chiens-chiens de l’armée » pour satisfaire leurs désirs personnels, avant de prendre conscience de la nature réelle de l’organisation qu’ils servent et de se retourner contre elle.

Alchimie, définition Larousse 2007 :

« Science occulte centrée sur la recherche d’inspiration spirituelle, ésotérique, d’un remède universel (élixir, panacée, pierre philosophale) capable d’opérer une transmutation de l’être, de la matière (et, notamment, la transmutation en or des métaux vils).

L’alchimie occidentale, née à Alexandrie et transmise à l’Europe par les Arabes, prospéra du XIIe au XVIIe s. (avec Albert le Grand, Roger Bacon, Nicolas Flamel, etc.). L’essor de la science moderne n’a pas éteint la tradition (représentée notamment, en France, par F. Jollivet-Castelot au XIXe s., Fulcanelli et A. Barbault au XXes.) »

Alchimistes célèbres :

Bolos de Mendès : L’alchimie a existé bien avant le développement de la religion catholique. Le grec Bolos de Mendès l’a pratiquée au IIIe siècle avant Jésus Christ. Il a écrit un traité où il décrivait les moyens d’obtenir de l’or, de l’argent, du pourpre ou des pierres précieuses.

Albert Le Grand (début du XIIIe – 1280) : Membre de l’ordre des Dominicains, il a enseigné la théologie dans diverses villes européennes telles que Paris et Cologne. Il s’est intéressé à l’alchimie et aux éléments souffre et mercure primordiaux dans cette pratique, ainsi qu’à la magie, avant de les rejeter comme nécromancie (magie noire). Albert le Grand est connu pour avoir été le maître de Thomas d’Aquin, théologien qui s’est ensuite attaché à réconcilier l’autonomie de la nature et de la raison, en accord avec la foi.

Roger Bacon (1214-1294) : Bien que croyant (c’était un moine franciscain), il défendait que la raison devait primer sur la foi dans la recherche scientifique et ses écrits ont été interdits par l’église romaine. En effet, l’alchimie à cette époque était considérée comme une pratique occulte. Mais surtout, Roger Bacon a fait la promotion toute sa vie de la méthode expérimentale, défendant que la connaissance scientifique s’obtenait en pratiquant des tests et non pas par des raisonnements ou des observations empiriques sur des phénomènes naturels. Par cette philosophie, il allait à revers de la méthode d’Aristote considéré comme la référence en matière de science, par l’église.

Paracelse (1493 ou 1494-1541) : Médecin et chirurgien européen, il a pratiqué l’alchimie mais dans une optique médicale et non pour la transmutation. A noter que le symbole de FMA dessiné sur la reliure du livre, est semblable au caducée de Paracelse.

Tycho Brahe (1546-1601) : Cet astronome qui a voulu réconcilier l’héliocentrisme de Copernic avec le géocentrisme de Ptolémée a été le maître à penser de Johannes Kepler, celui qui a énoncé les trois lois sur le mouvement des planètes. Tous deux se sont plongés dans les expériences alchimiques.

Newton (1642-1727) à qui l’on doit la découverte de la gravité, a pratiqué l’alchimie.


Le serment des lymbes de Jean-Christophe Grangé

Des policiers très religieux

roman publié en 2007


Au premier abord, l’idée est séductrice. Deux fervents catholiques : ils ont suivi de respectables études en théologie, leur voie semble toute tracée et prête à les mener dans un monastère ou quelque haut lieu écclesiastique. Cependant, ils choisissent une destinée plus complexe. Afin de remuer la « merde » au plus près et de se rendre utiles, ils s’engagent dans la police. Et pour se blinder, rien de mieux que d’entrer dans les services les plus trashs. Le héro, Matthieu, fait ses classes au Rwanda puis à la Brigade des Moeurs.
Quelle n’est pas la surprise de Matthieu quand son meilleur ami, fervent pratiquant, se suicide, désobéissant au dogme. Impensable. Possédé par le besoin de comprendre, il se lance sur les traces des dernières enquêtes du défunt et se plonge dans une obscure histoire de meutres, de cadavres en décomposition et un insoluble infanticide. Très vite, il apparaît que l’image du diable, qui obsédait Luc, est inséparable de ces évènements. Au simple polar s’ajoute une dimension ésotérique et à la limite du fantastique.
Fait intéressant, le saint Luc, pris par la passion du Christ, apparaît comme menteur et manipulateur (pour la bonne cause) sur son lieu de travail. Ce qui aurait pu donner lieu à de fines observations sur la façon dont certains croyants s’arrangent avec leur conscience pour se permettre quelques exactions pas très reluisantes, est hélas gâché par un manichéisme binaire et trop complaisant. Les bons croyants d’un côté, les adorateurs du Malin de l’autre.
Alors que quelques personnages nuancés se dessinent, comme des catholiques malhonnêtes ou violents, ils sont très vite rattrapés par Jean-Christophe Grangé qui remet bien les choses à leur place : ce ne sont pas de vrais chrétiens mais des serviteurs du Diable qui se sont infiltrés parmi les croyants. Décevante simplification.
Autre fait gênant, un étrange passage dans un monastère où les religieux mênent des actions contre musulmans (et juifs?). Leurs drôles d’activités ne sont pas condamnées par notre bien-aimé héros et policier. Matthieu, bien qu’il ne souhaite pas prendre part à cette mascarade, laisse faire et joue le lointain sympathisant. Cette séquence est d’autant plus perturbante qu’elle n’apporte pas de réel élément à l’intrigue. Alors, doit-on mettre cette douteuse indulgence sur le compte d’une volonté de rendre le protagoniste plus humain et sombre ? Après tout ce parfait croyant n’est pas si innocent. Il est adepte des prostituées (noires de préférence) et il ne les traite pas vraiment avec déférence. Si tel était là l’objectif de l’auteur, je regrette qu’aucun jugement sur le personnage ne soit esquissé et que le roman se close sur les louanges du beau et bon héros : pur, malgré ses malhonnêtés.
La lecture de ce roman n’en était pas moins très plaisante. Malgré une conclusion franchement désolante, qui gâche toutes les bonnes idées précédentes, le déroulement est haletant et le suspense ne connaît que très peu de temps morts.
Pour finir, un des grands mystères du roman n’est pas résolu. Que prend Matthieu pour poursuivre chaque jour son enquête en passant plus de trois nuits sur quatre sans dormir? S’il est prévu que la brigade des Stups s’intéresse à la question dans un prochain roman, j’espère que les personnages auront, cette fois, un peu plus de profondeur.