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Le club des punks contre l’apocalypse zombie de Karim Berrouka

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Les punk du squat le collectif 35 n’en reviennent pas. Ont-ils trop tiré sur leurs joints ? En bas de l’immeuble, les passants se sont mis à s’étriper joyeusement à grands coups de dents, et se transforment en morceaux de barbaque sur pattes. L’hallucination dure trop longtemps et même Eva, qui ne se drogue pas, partage le trip. Il y a quelque chose qui cloche.

Nous voici projetés en pleine apocalypse zombie. Alors que le monde s’est transformé en grosse fiesta cannibale, 5 punks (sept si on compte les deux loulous en transhumance) font de la résistance. Une vegane, un freegan, deux compagnons de défonce et un anarcho-communiste qui rêve de hisser le drapeau noir au sommet de la tour Eiffel. Si le fait que l’ère du capitalisme et du consumérisme soit terminée les réjouit, la manière dont ça se passe les laisse perplexes.

Ils voudraient bien profiter de la fin du monde pour proposer un modèle de société basée sur leurs valeurs, mais dans leur quête ils vont rencontrer : des gens perchés, un commando du Medef qui veut profiter de l’Apocalypse pour reconstituer une mini société fondée sur l’asservissement du prolétariat, des gens perchés, un technicien de télé mégalo, des gens perchés… ! Ajoutez à cela des zombies flower power/paramilitaires/qui pogotent, selon le style de musique diffusé.

Vous l’avez compris, ce roman est complètement barré. ça baigne dans l’humour, le sang et la tripaille pas toujours fraîche… J’avais peur que la recette s’essouffle au fil des pages, mais non, ça tient la route (enfin non, c’est complètement capillotracté, mais disons que l’on ne se lasse pas). Un bon roman bien déjanté.

Le club des punks contre l’Apocalypse permet aussi d’apprendre de super insultes si votre voiture ne démarre pas quand vous en avez le plus besoin :  » Bordel de fuck de carriole à nains » !

😀

 

 


La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

Le cosmos est mon campement !

 

Depuis deux semaines, j’avance à petits pas dans un monde sculpté par les vents. Les paysages sont balayés de bourrasques qui soufflent toujours dans le même sens, de l’Extrême-Amont, jusqu’à l’Extrême-Aval. Les abrités vivent en se protégeant tant bien que mal des tempêtes. Les villes sont semées d’éoliennes. Les chercheurs de trésors sont des airpailleurs. Les scribes notent les courants aériens comme des partitions. Le vent, dans le monde d’Alain Damasio, façonne tout : des paysages aux organisations sociales, aux professions… La majorité des habitants de cet univers ébouriffant se gardent bien d’affronter les rafales. Quand ils ne résident pas dans les villes, ils sillonnent le monde à bord d’engins volants, surfant sur les brises. Sauf une caste : La Horde. Elle, cherche du sens et remonte laborieusement le courant, pour atteindre l’origine du vent. Une quête initiatique, presque métaphysique qui m’a totalement conquise.

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Vive le fanzine !

J’ai envie de parler de fanzines 🙂 En voilà quelques specimens.

No-Xice

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J’ai découvert celle-ci il y a bien longtemps, au hasard d’une convention manga. Je pense que c’était la Japan Expo ou la Chibi Japan. Bref, en tout cas ça date car je n’ai fait des conventions manga qu’en 2006 – 2007.

No Xice se fout royalement de la gueule des clichés des différents genres de manga. C’est drôle, bien écrit. J’ai le numéro sur les bastons et c’est jouissif 😀 Il s’en prend directement aux pires vices du shonen (mangas pour jeunes garçons).

(Pour rappel : les classifications manga, si vous voulez mon avis, ça pue => https://sansfarine.wordpress.com/2011/03/13/de-la-stupidite-de-la-classification-shonenshojo/)

On a donc droit à des articles tordants qui décrivent le processus d’un combat : de la technique d’intimidation à la baston, en passant par les préliminaires (justification de l’attaque et autres blablas), des envolées qui raillent les attaques ridicules, les mangas mal fichus (c’est tellement bon de voir Naruto (pardon, Marsouin) se faire dézinguer en bonne et due forme). Les auteurs se sont aussi pris au jeu d’inventer des tournois entre des personnages de différentes oeuvres. En résumé, No-Xice est un bon fanzine bien fendard ! 🙂

Il a un site internet : www.noxice.com/

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Demain le monde, de Jean-Pierre Andrevon

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Jean-Pierre Andrevon a une forte conscience écologiste et ça se sent. Les dérèglements climatiques,  les catastrophes environnementales, habitent ses nouvelles à l’ambiance volontiers post-apocalyptique, ou apocalyptique, tout dépend. Son autre thème de prédilection est le paradoxe temporel.

Voilà les ingrédients principaux qui forment les structures de ses textes, dans ce recueil. Là-dessus, Andrevon pose sa plume, rythmée, imagée, et celle-ci nous embarque dans des atmosphères foisonnantes, des ambiances que j’ai beaucoup appréciées.

Ce serait trop long de parler de toutes les nouvelles. Je vais vous toucher deux mots de quelques unes.

Ma préférée :

Sans conteste : Rien qu’un peu de cendre et une ombre portée sur un mur. On voit grandir une petite fille, dotée d’un pouvoir étrange. Inconsciente de son talent, elle en use de façon spontanée, faisant disparaître ce qui l’importune. Mais son don la dépasse.

Ce texte est une perle. J’ai plongé dedans, et j’en suis ressortie triste et émerveillée. C’est une beauté. En voici un extrait pour vous montrer la qualité de l’écriture :

 » Autour c’est la campagne, c’est dimanche. C’est l’été finissant, le soleil, les vacances tardives. Des mouches bourdonnent, petits morceaux de charbon diapré brûlant dans l’air. »

 

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Les étoiles s’en balancent de Laurent Whale

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Ce roman démarrait super bien. Le postulat est intéressant. Nous sommes en pleine Seine et Marne (et comme je suis originaire d’un département voisin : le Val de Marne, ça me causait particulièrement) mais dans un monde apocalyptique. Le pays est divisé en sortes de cités-Etats, entourées de barbelés, de miradors, gardées par des molosses bien armés. La nourriture manque et la viande la plus courue est le chien errant.

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Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour

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Derrière cette couverture un peu glauque se cache un chef-d’oeuvre ! (J’ai la folie des grands mots aujourd’hui)

Le goût de l’immortalité est un récit à la première personne relaté par une très vieille femme qui a accédé à l’immortalité. Nous sommes dans un futur effrayant où les riches vivent en haut de tours quand les pauvres s’entassent en bas, voire sous terre. Là, des maladies horrifiques règnent (des sortes de Ebola bien gores).

Devenue immortelle enfant, la narratrice relate une partie de sa trèèèès longue vie. Nous voyons donc évoluer ce monde sur plus d’un siècle, en filigrane dans le récit. Elle raconte la vie de Cmatic, un entomologiste mis au placard et missionné pour enquêter sur une sorte de sorcière. La deuxième partie s’intéresse à Chen, dont la narratrice transmet le témoignage. Ce qui entraîne le lecteur dans une incursion dans les bas-fonds de la société.

La narratrice nous prévient. La seconde moitié du livre sera sombre, très sombre. Elle est même sordide.

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Frankenstein de Mary Shelley

Méfiez-vous du progrès…

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J’ai dans l’idée de lire ce livre depuis un moment. Un petit tour à la médiathèque m’a enfin permis de sauter le pas.

Ce roman est venu d’un challenge entre Mary Shelley, son mari Percy Bysshe Shelley et le plus connu : Lord Byron. Ils étaient tous les trois à Genève lorsqu’ils ont décidé d’écrire chacun une histoire de fantôme. Seule Mary a abouti son récit. C’est Frankenstein, le premier prototype (à ma connaissance) dans le domaine de la science fiction.

Le docteur Frankenstein est un scientifique plutôt ordinaire. Sa famille est tout ce qu’il y a de plus respectable, aimante et sympathique. Elle lui permet de faire les études de son choix. De plus, il est promis à une jeune fille qu’il aime : sa cousine, adoptée par sa famille et avec laquelle il a grandi. Bref, tout baigne. Jusqu’au jour où il se passionne pour un sujet d’étude inhabituel : comment donner la vie à un corps. Il s’enferme, s’absorbe dans sa lubie et finalement achève un travail insensé, incroyablement novateur : il donne vie à une créature qu’il a façonné de ses mains. Sa réussite le sort aussitôt de sa torpeur. Affolé, il quitte son domicile et retrouve une vie normale.

Pendant ce temps, la créature vit. Fondamentalement douce et ingénue, elle va se retrouver confrontée à la violence de la société et au rejet. Ses expériences malheureuses lui façonneront une nouvelle personnalité.

Frankenstein ou le Prométhée moderne est conçu à partir de récits imbriqués. L’histoire débute avec celui d’un navigateur qui rencontre le docteur Frankenstein. Celui-ci lui fait état de ses malheurs et on rentre dans le vif du sujet.

Je ne m’étais jamais renseignée sur Frankenstein avant de le lire. Je n’ai jamais vu les adaptations cinématographiques, aussi j’avais l’image d’un monstre fondamentalement méchant. J’ai été agréablement surprise de constater qu’il n’en était rien et que sa monstruosité n’était que le reflet du comportement des autres envers lui, à commencer par l’attitude scandaleuse du docteur Frankenstein. Je crois que l’on est censé le plaindre mais il apparaît responsable des tragédies dont il est victime ! (Sur ce point, cela me rappelle un peu l’anime Elfen Lied et les diclonius, des monstres issus d’expériences scientifiques, rejetés par la société.)

Je ne dis pas que le roman m’a tenue en haleine, mais je l’ai trouvé intéressant et bien ficelé. Il fait aussi réfléchir sur le fait qu’un progrès scientifique peut être désastreux si ses conséquences ne sont pas réfléchies, et qu’après la création rien n’est mis en oeuvre pour maîtriser cette innovation. De ce point de vue, Frankenstein est très moderne je crois.

J’ai aimé m’y plonger et j’ai envie de me pencher plus sur les oeuvres de Mary Shelley. Par ailleurs, j’ai lu qu’elle avait écrit ce livre après la perte d’un enfant et qu’il était ainsi un moyen de revenir sur sa mort (le roman aborde le fait de donner la vie après tout). Apparemment, certaines thèses soutiennent que Frankenstein est un homme qui donne la vie à un enfant, sans recourir à une femme. Perso, je n’ai pas du tout pensé à cela en lisant !

J’en profite pour partager une infographie que je trouve sympa sur les origines de la SF/Fantasy et son évolution.

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Période Glaciaire de Nicolas de Crécy

Le futur regarde le passé par le petit bout de la lorgnette !

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Alors là, graphiquement, je n’ai qu’une chose à dire : ❤ ❤

Couleurs chaudes, ou froides, mais des nappes de teintes qui vous embarquent dans l’ambiance et les aventures des personnages, des traits mouvants … J’ai tout de suite flashé sur les dessins.

Restait à se faire convaincre par le scénario et c’est réussi. C’est le futur et notre monde est enseveli sous la glace. Une expédition est lancée pour découvrir les mystères de notre civilisation perdue. Historiens, archéologues, et un drôle spécimen entre le chien et le cochon (un ventre sur pattes qui parle et drague la chercheuse en charge de l’équipée ), sont lancés sur notre piste, déterminés à réaliser de grandes découvertes. Certains aimeraient bien voir ainsi leurs noms entrer dans l’histoire.

Après une longue errance, ils tombent sur un vestige merveilleux : le musée du Louvre. Mais comme ils ne savent pas ce dont il s’agit, ils énoncent toutes sortes d’hypothèses, logiques du point de vue de leur éducation et de leur vision du monde, complètement absurdes pour nous ! C’est ce que j’ai aimé dans cette Bd, le fait de voir notre monde par le biais d’un prisme un peu déformant et un peu capillotracté.

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Gueule de Truie de Justine Niogret

L’apocalypse en silence et la fin des mots

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Décembre 2012 a vu son déluge de récits de fin du monde. Post apocalyptique, Gueule de Truie est un ovni très original.

Gueule de Truie est un Inquisiteur. Il s’appelle aussi La Cavale mais aborde un masque qui lui donne son surnom. Elévé par les Pères, dès l’enfance, il est formé à tuer. Car l’Eglise croit que le monde a été par Dieu. Mais comme le Flache, l’apocalypse, n’a pas eu raison de la terre entière, elle s’acharne à détruire le reste.

Il rencontre une jeune fille. L’auteur ne lui a pas donné de nom. Elle est « la fille ». Profondément attachée à une petite boîte, elle suscite la fascination de Gueule de Truie. Il la trouve différente des autres par sa capacité à se soucier d’autre chose qu’elle-même, il  l’épargne, puis l’accompagne. Et par là, il remet en question son éducation et sa vision du monde.

Drôle de roman, Gueule de Truie dépeint deux étranges personnages. On connaît peu de choses de leurs motivations. Ils sont difficiles à cerner. L’écriture hachée, percutante, âpre, brute, donne le ton d’un monde violent et rude, qui fait peu de cas de l’empathie. La souffrance règne, et l’indifférence devant les maux des autres aussi. C’est malsain à vomir, scabreux, sordide… Et pourtant, dans l’attachement de la fille à sa boîte, il y a presque une touche de merveilleux.

J’avoue que je n’ai pas tout compris au roman, notamment ce nom de « La Cavale ». De nombreux points sont assez nébuleux, je me suis demandée si l’auteur n’abordait pas des points métaphysiques ! Les scènes de sexe sont très dérangeantes. Atypique, il n’en demeure pas moins que le livre m’a accrochée jusqu’à la fin. Certaines scènes ou phrases m’ont littéralement scotchée.

Ce qui est incroyable, c’est le silence qui règne. Les personnages parlent très peu, ce sont des taiseux. Les phrases sont courtes et c’est un peu comme si l’auteur avait voulu faire une histoire sans mots, ou qui dépasse les mots.

Citation du personnage de la fille :

 » Je crois que tu parles car tu voudrais forcer les choses dans des… des formes. Parce que les formes, tu peux les ranger. Mais des mots, y’en a pas quand on vit. Y a qu’à sentir »

Et là où elle réussit un coup de force, c’est que malgré cette économie des mots, c’est incroyablement bien écrit. ça coule, c’est fluide. ça vous emporte !

Noir, cruel, mystérieux. Trop mystérieux. J’ai trouvé ce roman fascinant.


Aâma de Frederik Peeters

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Dans un monde où l’homme se bat contre la nature, il est beaucoup de choses qui sont contrôlées par la technologie. Aâma de Frédérik Peeters nous embarque dans un univers qui reprend des thèmes traditionnels de la science fiction : l’évolution des robots qui surpassent l’homme, une certaine artificialité qui régit les relations humaines. Dans Aâma, les hommes ont des implants, ils sont reliés en réseau, et ils ne font pas d’enfants naturellement.

On suit les aventures du héros, Verlock, qui nous raconte les événements de son point de vue. Or ses sentiments ne tendent pas vers l’enthousiasme. De fait, le protagoniste est déprimé. Il n’a rien du héros combatif de science fiction. Il est presque un looser. Sa femme l’a quitté, embarquant sa fille au passage, il peut se reprocher son comportement vis à vis d’elles, il vit dans les bas-quartiers, et s’absorbe dans une sorte de drogue et dans une vie décadente. Bref, il change du héros fort et droit, et n’en est que plus intéressant.

Son frère, Conrad, en revanche affiche toutes les caractéristiques du héros typique et habitué à aller de réussite en réussite. Ingénieur, il est envoyé en mission pour une société très importante : il doit renouer contact avec une colonie, sur une autre planète, qui travaille sur un projet novateur : Aâma. Mais les coupes budgétaires ont changé la donne et les membres de ce programme se sont trouvés isolés, oubliés. Au moment de partir, Conrad tombe sur Verlock, et par hasard – ou par pitié, ou peut-être pour une autre raison? – il décide de l’emmener avec lui. Ils sont accompagnés d’un robot à l’apparence d’un singe, pragmatique et intelligent, nommé Churchill. Pas facile pour la petite équipe de rencontrer la colonie et de faire preuve de diplomatie pour relancer le projet. Surtout qu’entre temps, beaucoup de choses ont changé. Les rivalités internes ont miné le groupe, dont le leader a disparu.

Dès le tome 1, Frédérik Peeters nous plonge immédiatement dans son histoire. Il n’y a pas d’explications préalables sur le contexte. On découvre au fur et à mesure. Le tome 2 nous permet de comprendre ce qui a poussé la femme de Verlock à le quitter, on perçoit un peu plus ce que peut-être Aâma, même si le projet garde son aura de mystère. On touche aussi plus aux enjeux qui transparaissent. Les hommes de ce monde considèrent la nature comme leur ennemie. Elle essaye toujours de les écraser. C’est pour la combattre qu’ils ont trouvé des moyens de vivre artificiels. Mais ceux-ci sont peut-être aussi soumis au phénomène de l’évolution et de la loi du plus fort. C’est du moins ce que semblent indiquer les dernières pages du tome 2. Et elles laissent entrevoir les prémices du tome 3, avec une prédiction : il va y avoir de l’action !

Cette chronique prend part au jeu « La BD fait son festival » de Priceminister qui m’a permise de recevoir Aâma.

Note : 17/20