Archives de Tag: écologie

Le Sel de la Terre, de Win Wenders et Juliano Ribeiro Salgado

AFF_LE_SEL_DE_LA_TERRE_120x160_01

Gros coup de coeur pour ce documentaire sur Sebastiao Salgado.

J’ai découvert ce photographe incroyable à Noël dernier, en trouvant sous le sapin son livre : Genesis. Une ode à la beauté de la nature et aux gens vivants dans des  tribus dont je n’imaginais pas l’existence. Des cultures ancestrales qui perdurent, comme coupées de notre monde industrialisé.

Des photos en noir et blanc à vous couper le souffle, fascinantes.

Alors quand j’ai vu qu’un film sortait sur ce personnage, j’ai voulu aller le voir. Enfin, j’ai hésité. Car j’avais peur d’un documentaire diaporama, un peu longuet.

Erreur ! Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Win Wenders et Juliano Ribeiro Salgado (le fils du photographe) ont filmé Sebastiao en train de travailler, récoltant ses réactions, sa parole sur son vécu.

Car du pays, l’homme en a vu. Il a parcouru les cinq continents (après des études en économie qu’il a lâché car cela ne l’intéressait pas) et témoigné du pire comme du meilleur.

Sebastiao a rendu compte des famines en Éthiopie, au Sahel, de la guerre… Il s’est rendu au Rwanda lors du génocide, recueillant des images terribles qui ont su émouvoir le monde. Sur les famines, entre autres, il nous dit que ce n’est pas lié aux catastrophes naturelles, mais bien au partage des richesses. Un message qu’il s’est attaché à faire passer, et qu’il me semble bon de rappeler.

Il a capturé des clichés bluffants dans les mines d’Amérique latine. Il prenait le temps d’observer, de discuter, de voir venir. Un travail de longue haleine qui l’a éloigné géographiquement de sa famille, mais qui a produit des photographies fabuleuses.

Et le film rend bien compte de ses états d’âmes, de l’horreur de ce qu’il a vu. De l’insupportable. Si bien que Sebastiao Salgado a opéré un revirement à un moment donné de sa carrière, quittant la photographie de guerres et de famines, pour se consacrer à une apologie de la nature, la photo de paysage : une nouvelle oeuvre, Génésis, et appelant à la préservation de l’environnement.

Franchement, allez voir cette merveille. C’est la première fois que je pleure devant un documentaire !

Autres articles :

http://www.telerama.fr/cinema/films/le-sel-de-la-terre,491850.php

 

Slate descend un peu le film montrant une lacune dans la réflexion. L’article est très intéressant : http://www.slate.fr/story/93387/salgado-wim-wenders

Publicités

Déchets radioactifs, un centre de stockage bientôt en France?

Je me permets de réutiliser cette infographie de Futura Science.

J’avais mis un post sur ce blog il y a longtemps sur Into Eternity, un film qui présente un centre qui devrait être construit en Finlande pour stocker les déchets radioactifs. La France aussi veut s’y mettre(depuis 2006) comme l’explique cet article de Futura science.

De fait, les prévisions du nombre de déchets sont assez effarantes.

La France devrait compter 1,9 million de m3 de déchets en 2020 et 2,7 millions en 2030, soit plus du double de la quantité actuelle.

Et ce même si l’on sort du nucléaire! Hier, le 13 juillet, Libération a publié un article de Laure Noualhat qui évalue ainsi le nombre de déchets à gérer, en cas de fermeture des réacteurs.

« A noter que le démantèlement d’un réacteur générerait d’après l’Andra (agence nationale de gestion des déchets radioactifs), 18 000 m3 de déchets radioactifs et la démolition des bâtiments, 10 fois plus de déchets non radioactifs. Dans le cas de la sortie du nucléaire, après la fermeture du dernier réacteur, on aurait produit un total de 3,7 millions de m3.

La différence entre les deux options est donc assez minime, à ce détail près : « Dans le premier scénario, on construit de nouveaux réacteurs qui vont produire de nouveaux déchets, mais que nous n’avons pas pris en compte. Dans le second scénario, les déchets sont stockés une bonne fois pour toutes » (citation de Michèle Tallec, responsable du service inventaire de l’Andra.)

Un centre de stockage souterrain

Alors pour stocker tout ça, on prévoit un centre souterrain un peu du genre à la Into Eternity.

Lire la suite


Into Eternity de Michael Madsen

Plongée dans le futur

L’interview que j’avais lu sur un magazine avant de regarder le film donnait déjà le ton : ovni à l’horizon. Mais ce documentaire de Mickael Madsen, est encore plus surprenant que ce que je pensais.

Into Eternity, documentaire sur l'insensé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Onkalo (Finlande) des scientifiques réalisent une étrange base souterraine. Protection et sécurité maximale, et il y a de quoi, ce lieu entouré de mystère va accueillir des déchets nucléaires. Si cela n’est pas suffisant pour faire palpiter votre coeur d’interrogations, imaginez un peu : ce lieu est conçu pour durer 100 000 ans. Euh la naissance de l’écriture, de l’administration, de l’argent et caetera c’est environ 5 300 ans avant Jésus Christ. Ça fait entre 7000 et 8000 ans que l’Homme tel que l’on le connait a réellement commencé à se développer. Son existence constitue moins de 10% du temps pour lequel Onkalo est prévu pour durer. Vertigineux non?

Malgré un délire un peu euhhh je dirais « perplexisant » du réalisateur qui joue un peu trop avec les alumettes, et une fin qui part dans la fiction (ce qui n’est pas plus mal), le film tient complètement la route en s’attachant à montrer à quel point il est irréaliste de vouloir prévoir une infrastructure pareille. D’interviews en interviews, les chercheurs qui participent au projet dévoilent leur réflexions. On se rend compte des difficultés majeures que la construction d’un tel batiment implique. Comment dire aux générations futures qu’il y a danger à entrer? Cette question pratique demande de s’interroger sur ce que seront les générations futures. Des êtres encore plus évolués qui sauront palier aux défis du nucléaire? Ou bien des hommes ravagés par un cataclysme ayant perdu le gout de la science et du savoir? Une telle durée de vie dépasse tant l’échelle humaine que les réfléxions techniques prennent des dimensions de science fiction. Que sera l’Homme de demain? Comment communiquer avec lui?

De quoi plonger dans une spirale de questions pour le moins intéréssantes. Le nucléaire est dans tous les discours politiques aujourd’hui. Si ce film n’aborde pas le problème tel qu’il se présente actuellement (conséquences directes, radioactivité, etc), il a du moins le mérite de le traiter avec un regard original.


Echos, liens et minis infos en vrac #1

Mes échos :

Je vous livre un petit pot-pourri de ce que j’ai appris/entendu/retenu de diverses conversations pros ou non ces derniers temps. ^^

Labels : bagatelle!

L’année dernière, je me souviens avoir entendu dire que les agriculteurs devaient payer pour être certifiés bio. Le problème que cela pose est bien sûr que seuls les cultivateurs bio ayant les moyens peuvent se permettre d’avoir le label. Je me souviens qu’à l’époque j’avais fait quelques vagues recherches sur internet – infructueuses- et lâchement abandonnées.

Plus tard, à l’occasion d’un repas de famille, j’avais demandé au gendre de je-ne-sais-plus-quel-cousin (qui s’y retrouve dans les repas de la famille pas si proche?) qui est intermédiaire dans la distribution bio (entre l’agriculteur et les magasins) de me confirmer cette information. Je n’avais pas noté mais je crois qu’il m’avait indiqué que le coût servait à financer l’expertise qui décide si un produit est bio ou non.

Bref, tout ça pour en venir à un rebondissement intervenu cette semaine. Je discutais avec un chef d’entreprise dans la filière bois qui va bientôt être labellisé PEFC (c’est-à-dire que son bois provient de forêts certifiées gérées durablement en respect de l’écosystème) et il m’a affirmé qu’il devait payer 400 euros par ans (en plus de la formation préalable à 1000 euros) pour obtenir le label. Je trouve ça un peu poussé. Surtout qu’il n’a pas changé ses pratiques (ou peu). C’est-à-dire qu’il utilisait déjà du bois certifié, il en utilise toujours autant (60% du bois utilisé dans l’entreprise, les 40% restants étant produits en Amazonie dans des conditions peu reluisantes) la proportion n’a pas augmenté et pourtant maintenant il obtient le label sur ses produits avec du bois PEFC parce qu’il a déboursé pour une formation qui lui enseigne comment mieux vérifier la provenance de sa matière première. Il va aussi devoir payer 400 euros par an pour garder le label.

A noter que pour être labellisé, il suffit que 70% du bois dans le produit soit PEFC. Génial non? Moi je trouve que les labels c’est décidément pas si fiable que ça.

Solvants et incendies

Autre écho à partir de ma discussion avec ce monsieur de la filière bois. Récemment il a changé ses pratiques de production et il réalise ses finitions en remplaçant les solvants peu écolo qu’il utilisait avant par de l’eau. Pourquoi? Son atelier a brûlé comme un feu de joie à cause des solvants. Bienvenue maintenant aux hydros finitions! (J’avoue ne pas bien avoir compris ce que c’était exactement, faut que je me rencarde sur le sujet).

Téléphonie: publicités géantes avant l’aboutissement du produit

Vive le joli monde de la publicité et des entreprises. J’ai entendu dire que les nouvelles offres de certaines entreprises étaient placardées à grands renforts de pub dans les magasins, bien avant que les produits soient opérationnels. Ils sont prévus pour le devenir bien sûr et l’objectif reste qu’ils le soient avant la commercialisation. En attendant, on fait la communication avant d’avoir le produit final entièrement abouti et exempts de tout bug. Grandes dépenses, belles promesses, c’est un peu une forme de spéculation.

Voilà pour les échos ^^ Et maintenant quelques liens :

Déjà, ce que je viens de découvrir en rédigeant cet article  sur deezer et que je euh… j’aime beaucoup (faut que j’écoute ça de plus près)

Pendant que l’on ne parle plus de Fukushima dans les grands médias, heureusement il y a le net! L’actualité nucléaire au japon au jour le jour !

Et des articles intéressants sur le nucléaire et!


Planètes de Makoto Yukimura

La vie d’astronautes ordinaires

manga publié en 2001

Pas besoin d’être devin, en lisant le titre de ce manga, pour deviner qu’il s’agit de science-fiction et que l’on entre dans le domaine du space opéra. Pourtant, les clichés s’arrêtent là. Pas de conquête spatiale impliquant de sanglants combats avec les indigènes, pas non plus de gundams ou méchas, ces grandes machines de guerre si courantes dans les mangas, ni de grands vaisseaux aussi pharamineux que franchement invraisemblables.

Non, Planètes nous entraîne au milieu d’une équipe d’astronautes qui n’est pas la plus reluisante. Fée, Hachimaki, Tanabé et Yuri sont chargés de récupérer les déchets spatiaux. Ces objets de manufacture humaine sont des anciennes sondes, des satellites ou autres, largués dans l’espace au début de la conquête spatiale, mais ils sont devenus des obstacles, voire des dangers, pour les nouveaux vaisseaux qui risquent de les percuter. Inutile de préciser que les protagonistes ne travaillent pas dans le secteur le plus sexy de l’espace.

Pourtant tout au long des quatre tomes, on ne s’ennuie pas. L’intérêt majeur de Planètes est qu’il ne se limite pas à un récit linéaire de la vie des récupérateurs. Pour donner du rythme, Makoto Yukimura, le mangaka, a découpé son ouvrage en plusieurs petites historiettes qui explorent différents aspects des personnalités mais surtout des enjeux que l’aventure spatiale pourrait rencontrer dans notre futur. Il balaye un large éventail de réflexions sur la famille que l’on laisse à terre, la passion, l’amour mais aussi le rejet de l’autre, la rébellion dans le travail, la politique et enfin la guerre, très bien introduite par le problème des mines spatiales et le syndrome de Kessler : une prolifération des débris facilement assimilable à une propagation de la violence et qui mène à une destruction généralisée sans gagnants ni perdants.

Mais pour servir de tels thèmes, encore faut-il des personnages d’envergure. Mission accomplie. Les caractères s’appuient peut-être sur des stéréotypes : la nouvelle employée maladroite, trop idéaliste mais motivée, le garçon spontané, nerveux, acharné, prêt à tout pour réaliser ses rêves. Mais, ils les dépassent et on en vient vite à connaître de nouvelles dimensions de leurs personnalités à travers leur passé, leur vie à terre et surtout leurs rapports entre eux qui les font évoluer et réfléchir sur la vie qu’ils veulent mener. Ennuyeux, solennel et moralisateur Planètes? Pas du tout! Pour faire passer la pilule on voyage avec une bande de lurons attachés par une forte camaraderie et bien que l’on ne finisse pas hilare, l’humour est bel et bien là.

Graphiquement, rien à reprocher non plus. Le trait m’a rappelé celui de Hiromu Arakawa (auteur de Full Metal Alchemist) mais il est encore plus maîtrisé dans Planètes. Les proportions sont respectées, les arrières plans sont travaillés, l’enchaînement des vignettes est fluide.

Un autre élément de Planètes m’a étrangement rappelé Full Metal Alchemist. Le personnage de Locksmith étrangement semblable à Kimblee dans le rôle du salaud ambitieux, accroché à ses objectifs mais « smart » pour employer le mot anglais qui me semble plus approprié que tous ceux qui me viennent à l’esprit en français.

Bref, en quatre tomes, Makoto Yukimura a réussi à créer un univers plus riche que certains auteurs ne le font en une trentaine de volumes et il mène la danse sans temps morts.


X1999 de CLAMP

Fin du monde et considérations écologiques

manga publié en 1992. 18 tomes parus. Série pas terminée à ce jour.

Le passage à l’an 2000 a suscité de nombreuses craintes en son temps. Fin du monde? Recommencement? Apocalypse? Les quatre mangakas du studio Clamp n’ont pas attendu que ces hypothèses farfelues arrivent sur le devant de la scène médiatique pour s’engouffrer dans la brèche. En 1992, elles commencent à publier la série.
La trame de départ est simple. Kamui, un jeune homme de 16 ans, revient à Tokyo après l’avoir quitté en déménageant avec sa mère quand il était enfant. Il recroise les chemins de ses amis de cette époque : la jolie et fragile Kotori ainsi que son grand frère : le grand, fort et attentionné Fuma. Mais ces retrouvailles ne se déroulent pas dans l’ambiance joyeuse et insouciante qu’elles devraient. La menace de la fin du monde pèse sur les épaules de Kamui qui doit faire un « Choix ». C’est ce que lui répète la princesse et devineresse Hinoto qui rêve dans son sous-sol quand elle ne conseille pas les politiques et les grands de la ville, mais aussi nombre d’étranges personnages qui se proposent d’accompagner le jeune homme ou de le combattre.
Quel est la teneur exacte de ce choix? Les indices sont flous jusqu’à la décision de Kamui qui remet beaucoup d’éléments à leur place.

Mettre le lecteur face à des dilemmes
Les huit premiers tomes, servis par de très beaux artworks qui n’iront qu’en s’améliorant et qui présentent le globe terrestre avec une aura toute onirique, multiplient les flashbacks et les anticipations. Les scènes se mélangent pour montrer des aperçus des futurs possibles (voire différentes interprétations du passé). Cet avenir ne sera pas décidé tant que Kamui n’aura pas fait son « choix ». Les Clamps passent à côté d’un manichéisme facile et mettent le lecteur face à un vrai dilemme sur fond de perspectives écologiques. Vaut-il mieux sauver la Terre, sachant qu’à terme, le comportement des humains, qui déciment les forêts, polluent, accumulent les déchets, la détruira définitivement? Peut-on faire confiance aux hommes pour réparer les dégats et s’engager dans une autre direction? Ou faut-il être réaliste et orchestrer dès à présent l’apocalypse, décimer la société humaine pour que la Terre puisse renaître avant qu’il ne soit trop tard?
Même une fois que Kamui a fait son choix, le lecteur ne peut prétendre avoir fait le sien. Dans X1999, la logique, implacable, reste du côté des « méchants ». Quand Yuzuhira doit donner une réponse à la question « Pourquoi ne faut-il pas tuer les humains? », on se trouve aussi muet qu’elle. Les hommes ne sont pas bons avec les autres êtres vivants, pourquoi l’être avec eux? La solution qui est ensuite avancée peut être aisément balayée par d’autres arguments. Finalement, les CLAMPs renversent la morale. Les bonnes actions sont guidées par l’égoïsme. C’est parce que ça me fait mal de te voir souffrir que je veux te protéger. Le sentiment personnel domine toutes les autres considérations.

Du sang! Des larmes et du sentiment!
Pour ceux que ces réflexions quasi philosophiques ennuient, pas de panique. Le tome huit rassemble enfin les lecteurs perdus et donne le départ au réel développement de l’histoire. Dès lors, les combats s’enchaînent. C’en est presque fini des visions oniriques incompréhensibles. Mais malgré les batailles avec force démonstrations de pouvoirs fantasmagoriques, on est loin du shonen. Le sentiment pointe son nez derrière chaque planche. Le déchainement de violence (avec crevage d’oeil, démembrement, et trainées de sang sur les corps meurtris) s’accompagne d’un flot d’émotions. Parfois, je me demande si je ne devrais pas reprocher aux CLAMP de tomber dans le sensationnalisme complaisant comme je le fais avec d’autres mangas, mais je ne peux m’y résoudre. Sans trop savoir pourquoi, car les ingrédients ne diffèrent pas. On pardonne vite à ce qu’on aime.

Chef d’oeuvre de Clamp, X1999 est une série aujourd’hui arrêtée, mais pas terminée. 21 tomes étaient prévus et la saga devait se clore en décembre 1999. Les mangakas n’ont pas su tenir leurs délais. Le tome 18 est sorti en 2003 au Japon et la suite se fait toujours attendre bien que les quatre dessinatrices publient régulièrement de nouvelles séries. X1999 est un manga réussi mais les CLAMPs avaient-elles besoin, pour lui donner plus de grandeur, de le laisser inachevé?

Ajout : Pendant un temps de nombreuses rumeurs semblaient laisser entendre que les auteures étaient en procès avec l’éditeur de la série à cause de l’ultra-violence du manga. Aujourd’hui, la page wikipédia française évoque une décision de suspendre la série motivée par le contexte et certains débats sociaux au Japon.